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Ce que imam Alioune Badara Ndao a dit sur Pv

Mercredi 24 Janvier 2018
ACTUALITÉ

Ce que imam Alioune Badara Ndao a dit sur Pv

Le 14 février prochain, l’imam Alioune Badara Ndao et ses 31 coaccusés seront jugés devant la Chambre criminelle de Dakar pour des faits de terrorisme présumé, entre autres. Pour la première fois, Libération livre les déclarations faites parle prêcheur devant le Doyen des juges. 

9 mai 2016, il est 9 heures 40 minutes lorsque Imam Alioune Badara Ndao fait face au doyen des juges Samba Sall en présence de ses conseils Mes Massokhna Kane, Babacar Ndiaye, Moussa Sarr et Ababacar Cissé. « Je suis né le 5 juin 1960 à Ndalane dans l’actuel arrondissement de Sibassor,dans le département de Kaolack. Je suis musulman. En 1967, j’ai été au daara de Coki à l’âge de sept ans pour y apprendre le Coran. J’y ai prolongé mon séjour jusqu’en 1973 pour aider mon maître dans l’enseignement des plus jeunes. 

Après Coki, je suis allé au daara de Serigne Mor Mbaye Cissé à Diourbel pour apprendre à écrire le Coran sans le regarder. Cette méthode est appelée ‘’Bekhi’’. Après deux ans, je suis parvenu à mes fins en 1975. Je suis par la suite resté chez moi à Ndalane auprès de mon père qui a été également un maître dans l’enseignement religieux musulman. 

Ainsi, il m’a appris beaucoup de choses dans la littérature et la grammaire. En 1979, à son décès, je me suis orienté vers d’autres foyers islamiques d'enseignement comme la localité de Santhie Diamal non loin de Diamal dans l’actuel département de Mbirkilane. J’y suis resté jusqu’en 1980 avant de partir vers une autre localité dénommée Maka Gouye dans le département de Kaffrine non loin de Nganda pour aider un condisciple dans l’installation d’une école coranique. 

En 1982, je suis parti vers une autre localité environnante du nom de Kathiot pour apprendre l’art et la poésie. En 1984, je me suis présenté à un concours à Dakar pour le recrutement de prédicateurs. Ce concours était ouvert à sept pays. J’ai réussi au concours organisé par la Ligue islamique mondiale et l’école s’appelle institut des études coraniques dont le siège est à Nouakchott, en Mauritanie. 

La formation a duré deux ans et en 1987, j’ai installé mon école coranique à Ndalane, mon village natal, pendant deux ans. J'étais obligé de transférer mon école à Kaolack parce que les charges financières étaient devenues insupportables. Je me suis d’abord installé à Ndorong, devenue Touba Ndorong, jusqu’en 2000 avant d’être attributaire d’une parcelle à Touba Ndorong Extension où j’ai installé le daara depuis lors. 

Lorsque l’école commençait à accueillir de plus en plus de pensionnaires et devenue étroite, les autorités administratives m’ont attribué d’autres surfaces. L’école comporte un internat et un semi-internat ouvert au voisinage.Il y a également un troisième volet appelé franco arabe. Mais s’agissant des enseignements, il n’y a pas de différence entre ces différentes entités, les pensionnaires sont tous dans la même classe et reçoivent la même formation », affirme d’entrée l’imam Alioune Badara Ndao. 

Relancé par un de ses conseils, il poursuit : « En 2011, j’ai viabilisé une parcelle de 50 sur 50 qui m’était attribué depuis 2004 mais l’inspection d’académie y a montré un intérêt au point que cette parcelle est maintenant au nom de l’Etat pour permettre à l’inspection d’académie d’en faire une école franco arabe moderne, c’est à dire qui fonctionne selon les normes définies par l’Etat et sous la supervision et la direction de l’inspection d'académie. 

Les enseignants sont formés et payés par l’Etat du Sénégal. Le centre abrite également une mosquée et j’en suis l’imam aussi bien pour les cinq prières que pour la prière du vendredi mais en cas d’empêchement, je suis remplacé parles autres. J’avais également d’autres projets tendant à réformer ou améliorer le semi externat pour en faire un internat complet en ce sens que les pensionnaires seront occupés dans les champs lorsqu’ils n’ont pas cours et vont vivre du produit des récoltes au lieu de mendier, mais, mon arrestation a freiné ce projet. Le champ se trouve à Gamboul Matar surla route de Kaolack. » 

C’est le moment choisi parle juge pour s'intéresser aux activités du prêcheur, en dehors des enseignements coraniques. « Je fais aussi de l’élevage de moutons et de volailles », renseigne l’imam appelé ensuite à s’expliquer sur les structures ou organismes de toutes sortes dont il serait membre. « Je suis le secrétaire général de la Ligue des imams et prédicateurs du Sénégal, Section Kaolack. Je suis également le président de la coordination régionale des associations des daaras. Je ne milite dans aucun parti politique. Je n’ai voté qu’une seule fois dans ma vie en 1993 lors de la Présidentielle, mais les membres de ma famille votent jusqu’à présent et son libres de voter pour qui ils veulent. » 

Le décor était posé pour entrer dans le fond du dossier. « Moi, Alioune Badara Ndao... » Le magistrat instructeur fonce dans le tas et demande à l’imam Ndao s’il connaissait Saliou Ndiaye alias Salekh, Coumba Niang, Amie ou Aminata Sall, Alioune Badara Fall, Mariéme Sow, Daouda Dieng, Matar Diokhané, Moussa Aw, Omar Yaffa, IsmaëlaNdiaye, Latyr Niang,Ibrahima Hann, Moustapha Diatta, Mohamed Ndiaye alias Abou Youssouf, Boubacar Decolll Ndiaye, Lamine Coulibaly alias Abou Jaavar, Mor Mbaye Dème, Alpha Diallo, Mamadou Moustapha Mbaye,OumarKeita et Mouhamadou Seck écroués en même temps que lui dans le cadre de la procédure. 

Le concerné renseigne : « J’en connais quelques- uns. Il s’agit de Saliou Ndiaye, Ibrahima Hann, Matar Diokhané, Amie ou Aminata Sall et Coumba Niang, mais je ne connais pas les autres sauf lorsque nous avons été détenus ensemble. Pour Saliou Ndiaye, nous sommes voisins à Kaolack au quartier Touba Ndorong Extension. Ses jeunes frères sont des pensionnaires de mon école mais chaque fois qu’il est à Kaolack, il fait les cinq prières à la mosquée. Il lui arrive de m’appeler pour m’annoncer des envois de toutes sortes. » 

«Quand Coumba Niang m’a parlé de l’arrestation de Matar Diokhané... » « Il en est ainsi par exemple lorsqu’il m’envoie de l’argent pour le règlement des frais de scolarité de ses frères qui sont au nombre de trois à raison de 2500 FCFA par mois chacun. De même, il m’appelle lorsqu’il m’envoie des colis venant de mes partenaires à travers les véhicules de transport en commun. Je connais très bien Ibrahima Hann qui habite Kabatoki. Je connais également les membres de sa famille pour qui j’anime des conférences. Je dirige également toutes leurs cérémonies familiales. 

Ibrahima Hann prie tous les vendredis à la mosquée que je dirige et reste toujours à la mosquée après la prière du vendredi lorsqu’un événement s’y tient. Dans le cas contraire, il prie et rentre chez lui. 

J’ai connu Amy Sall ces derniers temps et si mes souvenirs sont bons, elle est venue une fois chez moi mais je n’ai jamais été chez elle. Je connais également son père qui s’appelle Oumar Sall, habitant Thiaré près de Diakhao. Je n’ai jamais cherché à comprendre l’objet de sa visite puisqu’elle reste toujours au niveau du périmètre réservé aux femmes et je me disais qu’elle rendait peut-être visite à son enfant pensionnaire de l’école. 

Coumba Niang est aussi une des épouses de Matar Dio- khané. Elle est venue deux fois chez moi à Kaolack. La première fois, elle était venue me demander des conseils pour savoir si elle devait se rendre au Niger pour voir Matar Diokhané qui venait d’être arrêté. En effet, elle m’a dit avoir reçu une information faisant état de l’arrestation de Matar Diokhané.  Je lui ai dit de ne pas s’y rendre pour des raisons de sécurité surtout en tant que femme. Elle est rentrée mais deux jours après elle est revenue et a insisté pour que j’entre en communication avec Matar Diokhané. 

N’ayant pas son numéro, je me suis rabattu sur une de mes connaissances pour avoir le numéro de la Croix rouge du Niger. La personne qui m’a répondu a insisté sur la venue de Coumba Niang avec une forte somme d’argent pour obtenir la libération de Matar Diokhané. J’ai dit à mon interlocuteur que dans la mesure où le Sénégal avait une ambassade au Niger c’est l’ambassadeur qui devait s’en occuper et j’ai dit la même chose à Coumba Niang pour la dissuader d’aller au Niger. 

 J’ai même dit à Coumba Niang qu’elle n’avait pas d’argent pour se permettre de voyager jusqu’au Niger mais elle m’a révélé que Matar leur avait laissé de l’argent, mais j’ignore le montant. À cette occasion, elle m’a dit avoir remis sur ordre de Matar la somme de 15 millions de FCFA à Ibrahima. 

"Le livre de Matar Diokhané sur le Jihad... » 

Quid de Matar Diokhané ? « J’ai connu Matar Diokhané lorsqu’il s’est présenté à moi comme étant élève au lycée commercial El Hadj Abdoulaye Niass de Kaolack et qu’il voulait achever la phase de mémorisation du Coran. Je lui ai fait savoir que personnellement je n’avais pas le temps mais je l’ai orienté vers Omar Gueye qui secondait Omar Sall dans une école voisine. Je peux même dire que nos deux écoles sont jumelées parce qu’il nous arrive d’échanger des élèves. Cette année dont je ne me souviens plus de la date, Matar était parvenu à ses fins à savoir la mémorisation du Coran. 

Il est parti et je l’ai perdu de vue jusqu’en 2010, date à laquelle j’ai reçu une information comme quoi Matar était en Mauritanie et il avait acquis le savoir dans le domaine islamique. Cette information m’a été donnée par certains de mes élèves qui faisaient souvent la navette entre le Sénégal et la Mauritanie. En 2014, Matar m’a appelé au téléphone pour me dire qu’il avait écrit un livre et souhaitait ma correction. Je lui ai donné mon adresse mail mais il ne parvenait pas à me le faire parvenir par mail parce que le message venait sans la pièce jointe et la pièce jointe, c’était le livre. 

Finalement il s'est engagé à me l’amener physiquement. Il m’appelait à partir d’un numéro du Sénégal et s’est déplacé jusqu’à Kaolack mais nous ne sommes pas vus parce que j’étais dans une conférence. Il a remis le livre à mon second au daara du nom de Abdoulaye Ndao. J’ai lu le contenu du livre qui était divisé en trois parties : la première traite de l’allégeance, la deuxième partie pose la question de savoir si l’ignorance est une excuse pour le musulman et la troisième partie traite du Jihad sous toutes ces formes à savoir le Jihad physique, financier et par le savoir. 

Matar est venu chez moi une autre fois pour me confier son enfant âgé d’environ sept ans pour apprendre le Coran. D’ailleurs, cet enfant est considéré comme un cas social à l’instar de certains autres cas pour lesquels les parents n’apportent pas leurs contributions financières. » L’imam Ndao précise : « C’est le Jihad physique qui intègre le combat sur le terrain pour la cause de l’islam et ce dernier recours n’est pas prévu que pour riposter à une attaque injuste et lorsqu’on en a les moyens et ces moyens sont les moyens de l’Etat qui doit au préalable en avoir lui aussi les capacités. J’ai oublié de vous dire que j’ai finalement reçu par mail la version électronique du livre mais je ne l’ai pas revu. 

Matar et les gendarmes ont trouvé le manuscrit entre mes mains. » À la question du juge à savoir s’il avait épousé les idées de Matar Diokhané sur cet aspect du Jihad physique, l’imam Ndao se veut catégorique : « Je n’ai pas l’occasion de le revoi rmais si c’était le cas, je lui conseillerais de changer sa position concernant le Jihad physique puisque selon lui tout musulman doit s'impliquer pour participer au Jihad mené d’autres pays. Je pense que sa position est surtout due à sa jeunesse, à un manque de maturité et à un manque d’informations sur les réelles motivations qui sous-tendent le Jihad des autres. »  
Source Libération

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