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Cette Amérique qui a la rage

International

L’Amérique des grandes villes, des jeunes et des minorités, n’est qu’une partie de ce grand pays. Elle cache une autre Amérique, plus continentale, plus blanche, qui remâche des haines recuites. Trump a été acclamé par les hommes blancs sans diplômes, souvent laissés pour compte de la mondialisation, et qui ont le sentiment d’être déclassés.

L’élection de Donald Trump est la plus grande surprise politique de l’histoire américaine depuis 1948, lorsque Truman avait été élu en déjouant tous les pronostics. L’entrée prochaine à la Maison Blanche de ce milliardaire malhonnête et incompétent est une catastrophe pour son pays et pour le monde, dont l’ampleur est encore inconnue. Comment en est-on arrivé-là ?

D’un point de vue historique, deux grands phénomènes sont à l’œuvre depuis cinquante ans, qui permettent de tracer les contours de cet effondrement. Depuis les années 1960, la société américaine a profondément changé : l’ouverture des portes du pays à l’immigration, surtout hispanique et asiatique, ainsi que la mobilisation politique des groupes historiquement dominés, en premier lieu les Noirs, mais aussi les femmes, les homosexuels, etc., ont façonné un pays nouveau, multiculturel, plus démocratique. Ce qui était auparavant normal, à savoir l’exercice de toutes les formes de pouvoir par des hommes blancs, a été en partie remis en cause jusqu’à l’apogée symbolique de l’élection de Barack Obama en 2008.

Une Amérique qui remâche des haines recuites
Ces changements ont cependant masqué la résistance conservatrice d’une partie importante de la société, arc-boutée sur ses privilèges culturels et raciaux. Cette Amérique-là s’était déjà fait entendre fortement en élisant Richard Nixon en 1968 ou Ronald Reagan en 1980. Nous oublions souvent que l’Amérique océanique, celle des grandes villes, des jeunes et des minorités, n’est qu’une partie de ce grand pays, certes bien plus visible et attirante pour le reste du monde. Elle cache une autre Amérique, plus continentale, plus blanche, plus sudiste, celle des petites villes, dont une partie s’est tournée vers le fondamentalisme chrétien, en remâchant des haines recuites, en ayant le sentiment d’être abandonnée, en exécrant Obama. Lorsque Trump promet de «rendre l’Amérique grande de nouveau», il envoie un message à cette société : un retour symbolique à l’Amérique blanche des années 1950, une Amérique hiérarchisée, conduite par un président autoritaire et viril. Au moyen de nominations de juges ultra-conservateurs à la Cour suprême, l’héritage politique des années 1960 est menacé de démantèlement.

Le second phénomène est économique : depuis les années 1970, la classe ouvrière américaine a été laminée par les fermetures de mines et d’usines. Les millions d’ouvriers américains très bien payés ont été remplacés par des millions de travailleurs pauvres précarisés. Les inégalités de revenu et de patrimoine ont pris des proportions sidérantes. Elles sont précisément aujourd’hui du même ordre qu’avant le New Deal. En 1929, le 1 % des Américains les plus riches possédaient plus de 50 % du patrimoine national, avant de tomber à 25 % dans les années 1970. Aujourd’hui, nous en sommes de nouveau à 50 %. Il n’est pas étonnant, dès lors, que le populisme de gauche, incarné par Bernie Sanders, ait resurgi avec tant de force, en faisant écho aux discours enflammés du sénateur de Louisiane Huey Long, dans les années 1930.


Trump acclamé par des hommes blancs sans diplômes
Avec beaucoup d’intuition, Trump s’est également emparé du déclassement du monde ouvrier américain, en promettant de dénoncer les traités internationaux, de construire des murs et de rouvrir les mines et les usines. Trump a été acclamé par les hommes blancs sans diplômes, souvent laissés pour compte de la mondialisation, dont la situation n’est pas toujours précaire, loin s’en faut, mais qui ont néanmoins le sentiment d’être déclassés. Cette Amérique-là a la «rage», pour reprendre une formule célèbre de Sartre.

Ce puissant mouvement populaire est donc, au sens très précis du terme, réactionnaire. Il a pris des formes inquiétantes au cours de la campagne, en réveillant tous les groupes suprématistes et racistes du pays, y compris le Ku Klux Klan, qui ne s’était pas mobilisé pour un candidat à la présidence depuis George Wallace dans les années 1960, grand partisan de la ségrégation.

Lors des meetings de Trump, les plus excités ont hurlé leurs menaces à l’encontre des Clinton, et ont fait le coup de poing contre les opposants et les Noirs. Ce n’est peut-être que l’écume de cette vague réactionnaire, mais elle est significative, et très visible. Aucun homme politique américain depuis Reagan n’avait réussi à incarner aussi efficacement la réaction politique. Les candidats n’ont pas manqué (par exemple Pat Buchanan dans les années 1990), mais c’est Trump, nouveau venu en politique, qui vient de remporter la mise, en déjouant toutes les règles de la science politique. Sa campagne, d’une brutalité inouïe, laisse un pays sonné, effaré. Mais la société civile américaine a des ressources démocratiques. Elle saura opposer une résistance forte aux foucades autoritaires du nouveau président.

Pap Ndiaye professeur à Sciences Po
Liberation.fr

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