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Le choc frontal semble inévitable en Espagne

Rédigé par 7sur7.be le Mardi 24 Octobre 2017 à 19:55

Les chefs des gouvernements espagnol Mariano Rajoy et catalan Carles Puigdemont, le 20 août 2017 à Barcelone. © afp.
Les chefs des gouvernements espagnol Mariano Rajoy et catalan Carles Puigdemont, le 20 août 2017 à Barcelone. © afp.

L'espoir d'une solution à la crise entre Barcelone et Madrid semblait ténu mardi, le président séparatiste catalan envisageant toutefois d'aller plaider devant le Sénat pour éviter une prise de contrôle directe de la Catalogne par le gouvernement espagnol.

Une semaine après avoir laissé entendre que l'organisation d'élections régionales anticipées pourrait éviter une mise sous tutelle sans précédent depuis que l'Espagne a retrouvé la démocratie en 1977, le gouvernement a réduit la portée de cette ouverture. Le gouvernement de Mariano Rajoy compte destituer tout l'exécutif catalan et confier ses compétences aux ministères à Madrid, prendre le contrôle de la police catalane, mettre sous tutelle le parlement et les médias publics régionaux. 

"La violation par Carles Puigdemont (le président séparatiste de la Catalogne, ndlr) de ses obligations ne se règle pas exclusivement en convoquant des élections", a prévenu Rafael Catala, le ministre de la Justice. Il devrait par exemple "déclarer expressément si cette déclaration d'indépendance qu'ils manifestent avec tant d'ambiguïté a eu lieu ou non", a-t-il précisé. Mais, il "ne l'a pas fait jusqu'ici, donc ne croyez pas que je m'attende à grand-chose", a ajouté le ministre conservateur espagnol. 

Pendant ce temps Carles Puigdemont, silencieux, étudiait toujours mardi la possibilité de se rendre devant le Sénat à Madrid pour présenter directement ses arguments contre le déclenchement de l'article 155 de la Constitution qui permet cette prise de contrôle. Le vice-président du Sénat Pedro Sanz a précisé qu'une éventuelle déclaration de M. Puigdemont devant le Sénat pourrait prendre la forme d'un débat avec un membre du gouvernement en séance plénière jeudi ou vendredi. Des tractations semblaient en cours sur ses modalités. 

Si les séparatistes ne font pas marche arrière, les mesures demandées seront entérinées par le Sénat sans l'ombre d'un doute, puisque le Parti populaire (conservateur) du chef du gouvernement Mariano Rajoy y dispose d'une confortable majorité absolue. Leur entrée en vigueur est prévue samedi.

Leur application réveillerait des souvenirs douloureux pour la région de 7,5 millions d'habitants dont l'autonomie avait été abolie pendant la dictature de Francisco Franco (1939-1975). 

Affrontement
Carles Puigdemont a menacé de donner son feu vert à une proclamation unilatérale d'indépendance de la "République de Catalogne" au Parlement régional si ces mesures sont appliquées. Et deux des trois formations qui soutiennent son gouvernement ne semblaient pas disposées à reculer mardi. "Il n'y a qu'une réponse possible: décider une république de Catalogne", a déclaré une sénatrice de la gauche indépendantiste catalane, Mirella Cortes, après avoir longuement dénoncé la violation des droits des Catalans. La veille, la CUP (Candidature d'unité populaire, extrême gauche), a en outre appelé les citoyens à une "désobéissance massive" en cas de mise sous tutelle de la région. 

Jusqu'ici chaque mesure de Madrid contre les indépendantistes catalans -- actions policières, perquisitions, poursuites judiciaires et incarcérations -- a jeté des dizaines voire des centaines de milliers de personnes dans les rues de Barcelone et de Catalogne. Le gouvernement catalan menace de déclarer l'indépendance sur le fondement d'un référendum d'autodétermination interdit organisé en Catalogne le 1er octobre - où le oui à l'indépendance l'a selon ses chiffres emporté à 90% avec 43% de participation. Mais dans son camp les plus modérés hésitent. 

Les milieux économiques aussi le pressent de faire marche arrière. Depuis le 1er octobre près de 1.300 entreprises ont déplacé leur siège social de Catalogne, craignant pour leur sécurité juridique. Parmi elles, la première banque catalane, CaixaBank, a admis mardi par la voix de son directeur général qu'elle avait déplacé le sien à Valence après des retraits de dépôts provoqués par la tension politique. "Nous sommes au bord d'une situation aux conséquences imprévisibles (...) qui peut déboucher sur un conflit très grave", s'est inquiété mardi le socialiste catalan Josep Borrell, ancien président du Parlement européen.

7sur7.be
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