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PROPOSION DE RÉFORME DE LA CONSTITUTION- LE CONSEIL NATIONAL DU LAÏCAT SÉNÉGAL EXPRIME SES PRÉOCCUPATIONS AU PR DIOMAYE FAYE

Rédigé par Dakarposte le Dimanche 28 Juin 2026 à 21:13 modifié le Dimanche 28 Juin 2026 - 23:13

Afin que nul n'en ignore, dakarposte publie in extenso la lettre ouverte du Conseil National du Laïcat Sénégal concernant la fameuse de réforme de la constitution.


PROPOSION DE RÉFORME DE LA CONSTITUTION- LE CONSEIL NATIONAL DU LAÏCAT SÉNÉGAL EXPRIME SES PRÉOCCUPATIONS AU PR DIOMAYE FAYE
Monsieur le Président de la République,
1. Nous avons l’honneur de nous adresser à vous, au sujet de la proposition de réforme constitutionnelle actuellement portée par les députés de la majorité parlementaire. Cette initiative, bien qu’inscrite dans la dynamique démocratique de notre pays, suscite de nombreuses interrogations quant à son opportunité.

2. Depuis l’indépendance du Sénégal, aucune réforme constitutionnelle majeure n’a été menée en marge du peuple, de la classe politique, des chefs religieux, de la société civile, des médias et des forces vives de la Nation. Tous les précédents processus ont été marqués par le dialogue, l’inclusion et la concertation, contribuant ainsi au renforcement de notre démocratie.


3.En principe, une réforme constitutionnelle constitue un acte fondamental engageant durablement l’organisation politique, institutionnelle et juridique d’une Nation. Elle ne saurait, à ce titre, être conduite dans l’urgence ou sous l’effet de circonstances conjoncturelles, au risque d’en fragiliser la légitimité et la portée.

4. Plusieurs éléments appellent à la prudence : Il nous faut un large consensus national, si nous devons faire aboutir ce projet, parce que la Constitution est le socle du vivre-ensemble. Toute modification devrait résulter d’un dialogue inclusif impliquant l’ensemble des forces vives de la Nation : institutions, partis politiques, communautés religieuses, société civile, universitaires et citoyens. Une réforme adoptée sans ce consensus risquerait d’être perçue comme partisane, voire conflictuelle.

5. Nous devons du respect au temps démocratique. Les réformes constitutionnelles exigent un temps de maturation suffisant, permettant un débat public éclairé, contradictoire et transparent. Une précipitation pourrait entraîner des insuffisances, des ambiguïtés juridiques ou des effets non maîtrisés sur l’équilibre des pouvoirs.


6. Nous avons le devoir de garder la stabilité institutionnelle comme impératif. Dans un contexte national et international marqué par des défis multiples, la stabilité des institutions demeure
Siège social : Maison Abbé Jean Baptiste CISS - 4 Allées Papa Guèye Fall – B.P. : 1354 – Dakar – Tél : 33.823.53.63 – Fax : 33.822.02.43
CONSEIL NATIONAL DU LAÏCAT SÉNÉGAL
un enjeu majeur. Une réforme non suffisamment préparée pourrait introduire des incertitudes institutionnelles, fragiliser les acquis démocratiques mais aussi porter atteinte à la confiance de nos partenaires internationaux.


7. Nous devons faire une évaluation préalable des manquements objectifs de notre Constitution qui nécessitent des réformes en identifiant précisément les dispositions à améliorer, et en mesurant les impacts des changements envisagés.
Monsieur le Président de la République,


8. Pour toutes ces raisons, le Conseil national du Laïcat du Sénégal, à l’issue de consultations approfondies et d’un travail interne rigoureux, exprime sa profonde préoccupation face à cette orientation. Les parlementaires, bien qu’investis d’un mandat populaire, ne peuvent, à eux seuls, parler au nom de l’ensemble du peuple sur une question aussi déterminante.
C’est pourquoi un débat large, inclusif, transparent et non partisan s’impose impérativement.


9. Au nom de nos responsabilités, de l’Église dans son engagement pour le bien commun et en communion avec nos Pères Évêques, nous tenons à exprimer notre désapprobation face à cette dynamique précipitée, qui semble vouloir faire adopter une réforme sans véritable débat de fond.


10. Le processus aurait dû suivre une démarche rigoureuse et démocratique déclinée en quatre étapes :
• un examen approfondi et transparent à l’Assemblée nationale ;
• des consultations ouvertes avec les partis politiques, les chefs religieux, la société
civile, les universitaires, les spécialistes en la matière ;
• une information claire et pédagogique des citoyens ;
• et, en dernier ressort, une validation populaire par référendum, seule garantie d’une légitimité incontestable.
En l’absence de ces étapes essentielles, la réforme en cours apparaît comme une rupture d’avec nos traditions démocratiques.
Monsieur le Président de la République,


11. La Constitution de notre pays n’est pas un texte ordinaire. Elle est le socle sacré de notre vivre-ensemble, le fondement de notre unité nationale et le garant de l’équilibre de nos institutions. Elle incarne la volonté collective de tout un peuple, au-delà des générations, des régimes et des conjonctures politiques.


À cet égard, toute initiative visant à sa révision devrait être abordée avec hauteur, prudence et sens aigu de la responsabilité historique. Par ailleurs, il convient de rappeler avec force qu’une loi, en particulier constitutionnelle, doit être impersonnelle, intemporelle et conçue pour survivre à plusieurs générations.


Monsieur le Président de la République,

12. Vous avez prêté serment devant la Nation de respecter scrupuleusement la Constitution, de défendre les institutions et de servir le peuple avec intégrité. À ce titre, nous vous interpellons solennellement face à cette démarche risquée, susceptible d’entraîner une instabilité institutionnelle profonde.


13. Cela est d’autant plus pressant que nous devons accorder la priorité aux attentes urgentes des citoyens. La plupart de nos compatriotes expriment aujourd’hui des préoccupations immédiates — économiques, sociales, sécuritaires — qui requièrent des réponses concrètes et rapides. De ce point de vue, les questions relatives à l’emploi des jeunes, à la migration irrégulière ou encore au monde rural, méritent, entre autres défis, une attention particulière. Il apparaît donc essentiel de veiller à ce que l’agenda politique ne se détourne pas de ces priorités.


14. En définitive, une réforme constitutionnelle ne devrait jamais être perçue comme un enjeu politique du moment, mais comme un engagement envers les générations futures.

15. Monsieur le Président, la démocratie ne se mesure pas à la rapidité des décisions, mais à leur légitimité, leur inclusivité et leur capacité à rassembler.

16. Nous vous encourageons, dans l’intérêt supérieur de la Nation, à privilégier la concertation, la prudence et le respect du peuple sénégalais dans toute sa diversité.


17. Soyez assuré que nos ferventes prières continueront à vous accompagner pour qu’il vous soit toujours accordé sagesse et force dans la conduite des affaires de notre cher Sénégal.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération. Pour le Conseil national du Laïcat du Sénégal




Dr Philippe Abraham Birane TINE
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