Qui est Abdel Fattah al-Burhan, le nouvel homme à la tête du Soudan ?

Le général Abdel Fattah al-Burhan Abdelrahmane a pris vendredi la succession d'Aouad Ibn Aouf, qui dirigeait le Soudan depuis la destitution d'Omar el-Béchir. Militaire respecté par ses pairs, il est peu connu des Soudanais.

ACTUALITÉ

Le général Abdel Fattah al-Burhane Abdelrahmane a prêté serment vendredi 12 avril. Il est le deuxième militaire à prendre la tête de la transition au Soudan en deux jours. Les Soudanais l'ont découvert lorsque le général Aouad Ibn Aouf, chef du Conseil militaire de transition depuis la veille, a démissionné. Après avoir reçu les commandes du pays après la destitution du président Omar el-Béchir, ce dernier avait finalement jeté l'éponge en voyant les manifestants ayant provoqué le renversement de Béchir par l'armée maintenir leur sit-in, braver le couvre-feu des militaires et reprendre les mêmes slogans, y changeant uniquement le nom d'Omar el-Béchir pour le sien.

Pour les protestataires, le général Aouad Ibn Aouf incarnait encore le régime Béchir et ses trente années de règne sans partage. L'armée leur a répondu en nommant Abdel Fattah al-Burhane, un général issu des mêmes académies mais qui, lui, "n'a jamais été sous le feu des projecteurs", a affirmé à l'AFP un officier.

"Un profil adéquat"

Il a été au cours de sa carrière attaché de Défense à Pékin, mais il est surtout "un très haut gradé de l'armée, un commandant qui sait mener ses troupes", a ajouté l'officier soudanais, sous le couvert de l'anonymat. "Le général Abdel Fattah al-Burhane est beaucoup plus apprécié au sein de l’armée. Cela pourrait lui donner une assise beaucoup plus confortable", estime également Bastien Renouil, le correspondant de France 24 dans la région.

Vendredi, avant même d'être catapulté à la tête d'une transition observée à travers le monde, le général Abdel Fattah al-Burhane a été vu en train de discuter avec les manifestants rassemblés devant le QG de l'armée à Khartoum, bien décidés à y rester jusqu'au départ d'Ibn Aouf.

"Cela permet de donner une meilleure image de celui qui maintenant est à la tête du Soudan de manière officielle", analyse Marc Goutalier, politologue et consultant à l’Observatoire des pays arabes, interrogé sur l’antenne de France 24. "À mon sens, il a un profil adéquat. Il a des liens avec les pays du Golfe. C’est un très haut gradé. Il a la confiance de l’armée. Il est apolitique a priori", ajoute ce chercheur. "Il ne va pas bénéficier d’un état de grâce, mais du bénéfice du doute. Il n’est pas très connu, mais il n’a pas de ‘sang sur les mains’. En tout cas, il n’a pas de casserole."

Des opérations militaires au Yémen

Né en 1960 à Gandatu, un village au nord de Khartoum, Abdel Fattah al-Burhane a fait des études dans une école de l'armée soudanaise puis en Égypte et en Jordanie. Il a été commandant de l'armée de terre avant que le président déchu le nomme inspecteur général de l'armée en février.

"Il a fait partie des personnes qui ont participé à des opérations militaires au Yémen", précise sur France 24 la journaliste indépendante Abir El Mugamar. Selon les médias soudanais, lorsqu'il était commandant des forces terrestres, il a en effet supervisé l'intervention soudanaise au Yémen au côté des armées des pays du Golfe avec qui il entretient d'étroites relations. L'envoi de ces troupes a été décidé par Omar el-Béchir dans le cadre d'une coalition militaire sous commandement saoudien intervenue en 2015 au Yémen pour soutenir le gouvernement face aux rebelles houthis accusés de liens avec l'Iran.

"C’est un homme d’État", souligne ainsi Abir El Mugamar. "Cette personne, qui arrive au pouvoir, fait partie de leurs alliés (NDLR : de la junte). Il peut les rassurer, les protéger et assurer la continuité de ce régime." Mais du fait de cette proximité, les manifestants restent mobilisés. "C’est un militaire qui remplace un autre militaire", résume Abir El Mugamar. "Le peuple soudanais a demandé un gouvernement de transition civil et non militaire. En changeant Aouad Ibn Aouf par Abdel Fattah al-Burhane, finalement on n’a pas fait grand-chose." Un avis partagé par Marc Goutalier. Selon ce chercheur, "la pression va rester dans la rue".
Mamadou Ndiaye

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