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Lettre ouverte au chef de l'État - Monsieur le Président, reportez les législatives pour apaiser la tension

Rédigé par Dakarposte le Mercredi 22 Juin 2022 à 20:15

Monsieur le Président, notre pays est au bord de l’explosion. La situation politique, très tendue, est cause d’inquiétude pour les populations. Les chefs religieux et l’ensemble de la société civile ont lancé des alertes sérieuses, certains étant allés jusqu’à vous demander de décaler quelque peu les législatives afin d’ouvrir des négociations avec l’ensemble de la classe politique en vue d’aller vers des élections apaisées. Car, depuis que l’opposant Ousmane Sonko fait face à des ennuis judiciaires suite à des accusations de viol par une jeune femme, le pays vit sous tension permanente. Pour protester contre ces accusations jugées de « grotesques » par l’opinion, les jeunes avaient envahi la rue le 3  mars derniers afin de dénoncer un « harcèlement juridique » contre Sonko. Cette manif avait occasionné la mort d’une dizaine de personnes et aucune enquête n’é été ouverte pour situer les responsabilités et livrer à la justice les auteurs de ces tueries.
Votre discours du 8 mars pour appeler les Sénégalais à faire preuve de patience et d’esprit républicain n’a pas trouvé un écho favorable auprès de nos concitoyens.
Si vous aviez tiré les leçons de ces événements de mars, sans doute auriez-vous été plus attentif aux revendications de la classe politique et de la jeunesse de notre pays en proie à plusieurs difficultés quotidiennes. Sans emploi et sans perspective d’avenir, cette jeunesse dont la majorité est issue des classes défavorisées est en proie à un blues qui, du jour au lendemain peut se transformer en agressivité.
Quant à la classe politique, l’opposition en particulier, elle ne cesse de dénoncer votre propension à leur dicter vos vues sans tenir compte de leurs avis ou même de leurs droits constitutionnels. Aucune de ses propositions dans le but d’améliorer notre système démocratique, aucune de ses revendications légitimes ne trouve grâce à  vos yeux. C’est ainsi que vous n’avez fait aucun commentaire sur l’invalidation des listes d’une partie de l’opposition par l’administration et la justice, laissant accroire que vous cautionnez ce fait très contesté. Même si vous n’êtes pas concerné par les candidatures des uns et des autres, votre voix aurait pu apaiser la tension en cours quel que  soit le discours que vous auriez pu tenir. Ce qui a conduit à une radicalisation de la lutte politique grosse de dangers. Les manifestations de rue se multiplient et la violence s’est invitée là où elle n’aurait pas dû exister si vous aviez prêté une oreille attentive aux voix qui s’élèvent de plus en plus pour vous appeler à rester à l’écoute de votre peuple et de ses représentants légitimes que sont les partis politiques.
Si bien qu’après la manifestation de vendredi dernier qui s’est soldée par trois morts, les responsables de l’opposition ont demandé à la population « d’accélérer la cadence » en procédant à une nouvelle forme de lutte qui consiste à organiser des concerts assourdissants de casseroles pour rendre leurs revendications plus audibles pour vous et pour nos partenaires étrangers, lesquels commencent à émettre à leur tour des inquiétudes pour la paix sociale dans notre pays. D’ailleurs la presse occidentale s’est largement fait l’écho de la situation préoccupante de notre pays qui a amené l’Union européenne à vous demander de reporter les élections législatives. Il est vrai que la cellule de communication de la Présidence a démenti l’existence de cette correspondance de l’Union européenne par un communiqué officiel mais n’empêche, les partenaires de notre pays restent perplexes mais ne peuvent faire agir leur diplomatie officielle sans avoir des éléments d’analyse ou des faits tangibles qui peuvent les  conforter. Mais l’absence de dialogue politique et la récurrence des manifestations consécutives à votre intransigeance rendent la situation incertaine. Qui plus est, plus les manifestations populaires s’intensifient et sont systématiquement réprimées, plus les jeunes se rebiffent et se révoltent. Ils ne craignent plus les grenades lacrymogènes et affrontent les forces de l’ordre à coups de jets de pierres. Il faut dire que les temps ont changé car les jeunes ont transformé leurs frustrations sociales en colère, ce qui les conduit naturellement à soutenir les luttes politiques  de l’opposition. Si les manifs se poursuivent donc avec leur cortège de violence, nous allons vers des élections troubles.
Aussi, avec tout le respect que nous vous devons, nous vous demandons, monsieur le Président, de faire machine arrière et de reporter les élections. Vous gagnerez plus que vous ne perdrez à dialoguer franchement avec votre opposition et à ne pas cultiver l’inimitié ou la haine.
Monsieur le Président, nous en appelons à votre sagesse et à votre sens de la République, c’est le sens de cette lettre ouverte.
Patriotiquement vôtre.








Mamadou Ndiaye, Directeur de publication du site dakarposte. njaydakarposte@gmail.com
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