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« Lundi noir » de mobilisation en Pologne contre le projet de loi anti-avortement

Lemonde



Des milliers de femmes ont répondu à l’appel des organisations féministes de faire grève ou de s’habiller en noir pour protester contre le projet d’interdiction totale de l’interruption volontaire de grossesse.

Dans la rue, dans les transports en commun, c’est la couleur noire qui dominait ce lundi 3 octobre à Varsovie. Un « lundi noir » dans toute la Pologne – de la couleur des manifestantes – placé sous le signe de la grève des femmes. Elles sont venues par milliers, sous la pluie, manifester dans le centre-ville de Varsovie et devant le siège du parti au pouvoir, constituant une foule imposante. Beaucoup ont pris un jour de congé – la tradition de la grève étant peu développée en Pologne. En cause : un projet de loi à l’initiative des organisations « pro-vie », visant à interdire totalement l’avortement, même en cas de viol ou de grossesse menaçant la vie de la femme enceinte
De nombreuses femmes ont aussi crié leur colère en silence, en se rendant en noir au travail ou à l’université, ou en boycottant leurs tâches quotidiennes. Le mouvement a été initié par l’actrice Krystyna Janda, qui a appelé à une mobilisation « à l’islandaise », en référence à la grève des femmes en 1975 en Islande qui avait paralysé le pays. « Il se passe manifestement quelque chose dans la société polonaise, souligne la sociologue Miroslawa Grabowska, présidente de l’institut de sondage CBOS. Malgré une faible tradition de manifestation de rue en Pologne, la mobilisation sur les réseaux sociaux et dans les médias a été sans précédent. »

Les femmes polonaises ont également reçu le soutien de personnalités comme l’actrice Juliette Binoche, et plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dimanche devant les ambassades polonaises de Bruxelles, Paris ou Berlin.

Majorité divisée

Depuis une semaine, le débat sur l’avortement a enflammé la société polonaise. Au point de faire bouger les lignes. Selon un sondage Ipsos publié lundi, 37 % des personnes interrogées se prononcent pour la libéralisation de la législation actuelle – déjà une des plus restrictives d’Europe – contre 47 % pour le maintien du statu quo et 11 % pour une plus grande restriction. « A en croire cette étude, le nombre de personnes en faveur de la libéralisation augmente sensiblement, commente Mme Grabowska. C’est la preuve que le niveau d’émotion de ce débat est très fort. Reste à savoir si cette tendance sera durable. »

Actuellement, la loi polonaise autorise l’IVG dans trois cas seulement : en cas de viol ou d’inceste, de risques avérés pour la vie ou la santé de la femme enceinte, ou de graves pathologies constatées sur le fœtus. Selon une étude réalisée par CBOS en mai, 84 % des Polonais acceptent l’avortement quand la grossesse menace la vie de la femme enceinte, 74 % en cas de viol. En revanche, près de 80 % des interrogés se prononcent contre l’avortement en cas de situation matérielle difficile, ou simplement par volonté de ne pas avoir d’enfant.

Majorité divisée

Depuis une semaine, le débat sur l’avortement a enflammé la société polonaise. Au point de faire bouger les lignes. Selon un sondage Ipsos publié lundi, 37 % des personnes interrogées se prononcent pour la libéralisation de la législation actuelle – déjà une des plus restrictives d’Europe – contre 47 % pour le maintien du statu quo et 11 % pour une plus grande restriction. « A en croire cette étude, le nombre de personnes en faveur de la libéralisation augmente sensiblement, commente Mme Grabowska. C’est la preuve que le niveau d’émotion de ce débat est très fort. Reste à savoir si cette tendance sera durable. »

Actuellement, la loi polonaise autorise l’IVG dans trois cas seulement : en cas de viol ou d’inceste, de risques avérés pour la vie ou la santé de la femme enceinte, ou de graves pathologies constatées sur le fœtus. Selon une étude réalisée par CBOS en mai, 84 % des Polonais acceptent l’avortement quand la grossesse menace la vie de la femme enceinte, 74 % en cas de viol. En revanche, près de 80 % des interrogés se prononcent contre l’avortement en cas de situation matérielle difficile, ou simplement par volonté de ne pas avoir d’enfant.

S’il avait appelé, en avril, à une interdiction totale de l’avortement, l’épiscopat polonais s’est prononcé récemment contre la pénalisation des femmes qui pratiquent l’avortement, alors que le projet de loi d’initiative citoyenne prévoit des peines jusqu’à cinq ans de prison pour les femmes, les médecins, ou toute personne aidant dans la procédure d’IVG. Les organisations « pro-vie » ont organisé des contre-manifestations « blanches » à travers le pays et des appels à la prière.

Ce débat semble également faire évoluer les soutiens aux partis politiques. En une semaine, le parti au pouvoir a perdu trois points de cote de popularité, passant pour la première fois depuis les élections d’octobre 2015 sous la barre symbolique des 30 % (à 29 %), selon un sondage Ibris. La même semaine, le parti libéral Nowoczesna (Moderne), qui a fait de la contestation de la loi anti-avortement son principal étendard, a gagné 5 points, passant de 20 % à 25 % dans les intentions de vote.

Mercredi, le Parlement européen prévoit un débat sur le droit des femmes en Pologne, sans vote de résolution. « C’est un pas supplémentaire vers la compromission du Parlement européen », a commenté lundi à la radio RMF le ministre des affaires étrangères, Witold Waszczykowski. Interrogé sur la mobilisation des femmes, il a rétorqué « Qu’elles s’amusent ! », suscitant l’indignation de l’opposition. Le groupe parlementaire PiS a indiqué que le vote sur le nouveau projet de loi se fera sans discipline partisane, « selon la conscience de chaque député ».

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