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Analyse
De l’absence d’idéologie à l’idéologie de la violence…
De l’absence d’idéologie à l’idéologie de la violence,le Sénégal un pays qui se cherchevoulons- nous dire en réalité.
Le pays de la Teranga est de plus en plus le théâtre de la violence et les derniers évènements, on aura compris la visite du Président de la République à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar,est un prétexte suffisant pour aborder la question.
Il faut dire qu’au vu et au su de tout le monde, la violence physique gagne ses droits dans le quotidien sénégalaismalgré la réputation du pays d’être un pays de teranga, certainement orientée vers les étrangers, et une terre de régulateurs sociaux qui visiblement ne régulent que leurs propresintérêts.
Il est assez regrettable qu’un homme puisse lancer une pierre à son semblable, mais désolant en référence à l’histoire des civilisations, que des étudiants puissent lancer une pierre contre une institution telle que le Président de la République.
Comparaison n’est pas raison mais imaginons qu’en 2015 un présidentfrançais puisse être poursuivi par des jets de pierre à la Sorbonne ! Naturellement on donnera toujours nous concernant, une connotation politique à l’acte autant qu’on s’accordera à en donner à la poursuite et à la répression de tels faits.
C’est alors se tromper de débat et d’arguments.En vérité la violence est l’arme dit- on de ceux qui n’ont rien à dire.Ce n’est pas un pêché en soi, ni un délit,c’estd’ailleurs faire preuve de pertinence lorsqu’on est ignorant, mais cela est d’uneextrême gravité lorsque la conception de ce forfait et la mise en œuvre est le fait d’étudiants a priori.
Je ne pense pas au demeurant que les étudiants sénégalais soient indignes au fond d’avoir comme interlocuteur le Président de la République, tel le cas en Aix-en-province en juillet de cette année. Pour ce faire, il faut juste du courage politique de part et d’autre, si ce n’est le courage d’un débat d’idées.
Quoi qu’il en soit, le rapport entre le peuple et la chose publique mérited’êtreredéfinie. Cela passe par l’éducation de base comme nous le disions mais aussi, en grande partie, par la culture politique en référenceaux nations civiliséeset àl’identité du peuple.Or, nousconstatons que la violences’installe dans les stades sans raison,dans la police sans mesure et persiste dans les universités sansqu’aucun mode alternatif de règlementdes tensions universitaires ne soient promu. Si les étudiants ne réfléchissent pas pour eux qui le fera ?
En vérité ces carences cachent un mal plus profond qu’est celui du manque de référenceidéologique et de l’érection de la victimisation en mode de pensée avec comme corollaire l’alternative de la violence.Dire que la penséeprécèdel’action pourrait être une lapalissade, mais le rappel ou la répétitionest réputé avoir des vertus pédagogiques.Les discussions autour des idées et des conceptstransversaux font défaut.Les débats sont personnifiés et des slogans comme « tout sauf un tel …»n’ont pas fini de nous mener au gouffre.
Vivre c’est choisir et le respect du son choix preuve de maturité ; en démocratieet en république cela renvoie au respect du choix du plus grand nombre.
Il est évident par ailleursqu’on ne lancera jamais une pierre contre des idées qu’elles soient bonnes ou mauvaises.Si nous lançons encore des pierres c’est que nous nous trompons d’argument.Nul n’est porteur du développement que le peuple et le pouvoir politique n’aqu’un rôled’orientation.
Que dire du reste des associations,guides, desintellectuels et dessages qui sont des régulateurs sociaux ?Nous pouvons rester bien perplexes face à un mutisme généraliséquant à ces actes répétés de violence dont la jeunesse est auteur ou victime.
Le combat des droits de « l’hommistes » ne devrait pas commencerà la mort des hommes et peut-être que nous aurions eu marre de tout ceci si le 23 juinn’était pas axé voir fondé sur la violence avec des honorables lanceurs de pierres.
Une façon de voir parmi  autres que nous voulions partager pour l’amour du senegal.
 
         Par Me Bocar Arfang Ndao
                      Avocat

"Excellence", ce serait prétentieux de ma part de vous prodiguer des conseils, mais après ce qui s'est passé avec ce que d'aucuns appellent prosaiquement le "cas Tamsir Faye" en sus des évènements survenues à l'Ucad, qui se sont greffés à d'autres, vous conviendrez avec moi qu' une seule voie de salut s'impose: changer tout et sans... état d'âme.


A mon "Président bien adoré", faites-vous violence et..changer tout!
Les déroutes, c'est connu, ont une vertu: elles donnent une idée claire de ce qu'il faut éviter. Je fais ainsi allusion au désastre politique des locales. D'aucuns, s'attendaient -comme vous l'aviez promis- à des sanctions notamment ceux qui ont perdu les élections locales, de réformer en profondeur...
A l'arrivée, nombre de vos responsables qui ont été battus à plate couture dans leur propre fief (donc pas du tout représentatif) n'ont pas été inquiété. Mieux, certains d'entre eux ont été promus.

Excellence, je crois savoir qu'avec les événements survenus, après deux ans et demie de magistère, vous avez maintenant une idée claire.  Vous n'êtes pas sans savoir quelle méthode il faut récuser, notamment celle que vous avez appliqué jusqu'ici faite de contradictions, de couacs et confusions. Ces joutes locales, dont j'ai tantôt fait allusion ont une signification nationale. Elles sanctionnent une gestion et ont fini de porter au pinacle un parti de...protestation composés de Sénégalais.
Il faudrait être d'une extrême mauvaise foi pour ne pas reconnaitre que la manière dont des étudiants s'en sont pris à votre cortège n'en demeure pas moins cavalière, mais Excellence,  ces jeunes ont voulu déverser leur trop plein de bile.
Certes, ces jeunes étudiants avaient la latitude de protester d'une autre manière que de vous caillasser, mais vous conviendrez avec moi que la démarche était on ne peut périlleuse. Excellence, vos services de renseignement ont pourtant sonné le tocsin à temps réel. Mais, vous avez tenu à braver leur "interdit".
Excellence, ce qui s'est passé à l'Ucad,  sonne comme un  coup de tonnerre dans un ciel déja couvert de protestations, de frustrations au sein même de... l'APR.  Comment comprendre le fiasco noté dans la mobilisation de militants à votre accueil dans votre propre fief lors du dernier conseil des ministres décentralisés? Alors que Fatick compte le plus de responsables politiques promus... Miné par des querelles de positionnement, vos responsables vous ont tellement dépité que vous avez lâché un retentissant: "j'ai honte d'être Fatickois!"

Pour ainsi dire que ca ne tourne pas rond quelque part et le réveil risque d'être brutal.

Excellence, ce qui s'est passé à l'Ucad semble être un  avertissement avec ...frais. Autrement dit, ces événements,  sont certes regrettables -d'autant qu'ils s'en sont prit à l'institution que vous incarnez- mais elles doivent vous inciter à vous faire violence et à modifier en profondeur votre ossature. La cause? Vos seconds couteaux, ceux-là même  qui se sont vus confiés grâce à votre pouvoir discrétionnaire les destinées de ce temple du savoir ont été hués devant vous. C'est d'abord  le Directeur du Coud qui en prend pour son grade puis le ministre de tutelle, Mary Teuw Niane de récolter des huées et à un rythme soutenu. Que personne ne dise que ce sont des étudiants opposants qui huaient car tous ceux qui ont accédé ce vendredi 31 Juillet 2015 dans l'antre universitaire devant abriter les trois pavillons ont été triés sur le volet avant de recevoir des cartons d'invitation. Pour ainsi dire que même des militants de l'APR ont hué.
Excellence,  étant le plus informé du pays, vous n'êtes pas sans savoir que l'économie clopine. Et, cette tentative de faire  du "wax wakhèt" -comme vous le suggère le contesté Imam ratib de la grande mosquée de Dakar-n'est pas pour vous arranger. Au contraire, cela vous porte préjudice. Car, nombre de ceux qui vous ont plébiscité sont dubitatifs depuis la maladroite  sortie de l'imam Ratib. Cette sortie -qui emboite le pas à celles d'un Cheikh Kanté ou de Cissé Lo- a fouetté bien des appréhensions. Et, vous n'êtes pas sans savoir que l'esprit de solidarité est miné dans votre part parti qui, tardant encore d'être structuré pour des raisons que vous seul maitrisez, ressemble plutôt à une armée mexicaine. Bref, il est temps de sauver les meubles en changeant tout. Il vous faut une ossature qui mouille véritablement  le maillot. Certes, vous avez à votre actif des réalisations, mais nombre de Sénégalais tiennent votre bilan comme inexistant, vos actes pour insignifiants, vos réformes pour un simple effet d'annonce. Que dire des frustrations dans votre propre camp? A la pelle! Matam par exemple ne compte pas assez de cadres dans l'ossature gouvernementale actuelle et cela a crée des frustrations. 
En un mot comme en mille, il n'existe qu'une seule voie de salut: mettre en  oeuvre les réformes nécessaires, mais surtout les concrétiser; réhabiliter votre politique certes par la communication, mais plutôt par l'action, qui est  la meilleure des communications. Il vous faut une vraie équipe, une  ossature représentative et non pas une équipe de copains et de coquins. L'amateurisme doit être sanctionné. Quitte à aller puiser la bonne graine de l'opposition. N'est ce pas vous, qui claironniez, la patrie avant le parti?
Excellence, il y'a en dehors du gouvernement des profils à l'emploi, des personnalités importantes, dont ceux-là disséminés dans les quatre coins du globe, lesquels sauront satisfaire la demande sociale,  je fais allusion à ces fils du Sénégal dont l'absence fait défaut au... Sénégal. 
Mais, pendant qu'il est encore temps, commencez par  les "mesures difficiles", sanctionner les fautifs, ceux-là qui ont fini d'avilir l'image de marque de notre diplomatie.
Excellence,  le pain noir avant le pain blanc, cela passe par un compromis avec le secteur privé,  qui reste le meilleur porteur de croissance d'un pays au même titre que l'agriculture pour ne citer que ces secteurs. La vie en société faut-il le rappeler, nécessite des compromis.
Excellence, vous aviez promis aux Sénégalais, particulièrement à ceux qui vous ont porté au pouvoir que vous avez une stratégie de redressement du pays dans l'équité.  Alors, il est temps de l'accentuer, de les appliquer car il semble qu'en  maintes occasions vous avez indiqué les étapes et les critères de réussite. Bref, vous conviendrez avec moi que le temps ne plaide pas en votre faveur. A bon entendeur...


  Edouard

CRISE UNIVERSITAIRE ET MORT DE BASSIROU FAYE Etudiants, Enseignants et Etat : tous responsables!
Jamais depuis 2001, année de la mort tragique de l’étudiant Balla Gaye, le Sénégal n’avait connu une telle flambée de violence au sein du campus universitaire de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) que cette année. Les antagonismes haineux entre forces de l’ordre et étudiants se sont si exacerbés au cours de ces deux dernières années que les affrontements entre les deux parties dégénèrent rapidement en rixes sanglantes ponctuées souvent par mort d’homme. 
 
 
L’université a cessé d’être ce creuset intellectuel où des étudiants de tous bords viennent pour se former, consolider un savoir, se fabriquer et s’assurer un avenir pour se transformer en une arène de gladiateurs où le développement des muscles et la promotion de la violence ont fini par chasser la réflexion intellectuelle et la recherche scientifique. La violence aveugle qui y est exercée dépeint négativement sur les missions assignées à cette institution à savoir la diffusion de la connaissance, des valeurs éthiques et morales ainsi que la formation solide des ressources humaines indispensables au développement de notre pays. Nos campus académiques sont devenus de véritables poudrières où les clivages politiques, le sectarisme religieux et la dérive criminelle créent une situation explosive.
 
MORT DE BASSIROU FAYE : UNE RESULTANTE DE LA VIOLENCE DE CES DEUX DERNIERES ANNEES
 
Jeudi 14 août 2014, l’espace d’un après-midi, la cité universitaire de l’Ucad s’est transformée en un théâtre de combats violents, d’affrontements musclés entre étudiants et forces de sécurité. Bilan tragique de ce jeudi noir : une véritable mare de sang dans laquelle Bassirou Faye, étudiant en Faculté des Sciences, a perdu cruellement la vie, où il y a eu plusieurs blessés dont certains estropiés et vingt-sept étudiants interpellés et libéréscinq jours plus tard.
L’imposition des réformes prônées laConcertation nationale sur l’avenir de l’enseignement supérieur au Sénégal (Cnaes) a électrisé nos universités rétives à toute mutation à incidence financière. Et même si ces réformes vont dans le sens d’améliorer la qualité de l’enseignement supérieur et de rationaliser ses effectifs pléthoriques, elles peinent à emporter l’adhésion des premiers concernés que sont les enseignants et les étudiants parce qu’introduites au forceps. C’est pourquoi ces réformes ont été le détonateur principal de tous les troubles récurrents constatés en 2013-2014 dans nos universités.  
Les premières salves de la grève estudiantine avaient comme prétexte les frais d’inscription onéreux que leurs maigres bourses ou les faibles ressources de leurs parents ne peuvent pas supporter. Après le rejet de l’augmentation des frais d’inscription, les étudiants ont exigé le « master pour tous » comme mesure d’accompagnementà la réforme du système LMD (Licence, Master, Doctorat). Toutes ces revendications sont émaillées par des confrontations sanglantes avec les forces de l’ordre, des kidnappings de bus, des saccages des locaux du Centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud).
Si on jette un regard rétrospectif sur ces deux dernières années académiques, l’on se rend compte que le drame qui est arrivé le jeudi 14 août 2014ne doit surprendre, ni émouvoir personne. La mort regrettable, voire condamnable, de Bassirou Faye n’est que l’aboutissement d’une orgie de violence forcenée et aveugle qui a secoué nos universités surtout l’Ucad depuis presque deux ans. 
Pour exiger la baisse des frais d’inscription (qui s’établissent respectivement pour les étudiants en Licence 1, 2 et 3 à 25 000 F Cfa,  à 30 000F Cfa et 35 000F Cfa ; les étudiants en Master 1, à 50 000 F Cfa  et 60 000 F Cfa pour les Master 2 ;  et 75 000F Cfa francs pour les doctorants), des étudiants-gangstersarmés de matraques, d’armes blanches, de bombes asphyxiantes ont saccagé, le jeudi 21 novembre 2013, les locaux du Rectorat de l’institution. Des enseignes et des guichets ont été endommagés à la Faculté des sciences juridiques et politiques. A cela s’ajoute le bris des vitres de véhicules stationnés devant les locaux du Rectorat. L’assemblée de l’université ad hoc avait dénoncé ces actes de violence comme « une atteinte intolérable, une violation flagrante des franchises universitaires et des libertés académiques, et une menace grave pour la sécurité des enseignants, du personnel administratif et technique, des étudiants et des biens ». Aujourd’hui les étudiants chefs de gang Edouard Faye, Babacar Diouf et Ousseynou Cissé qui bénéficient d’une liberté « provisoire » plastronnent avec morgueau sein du campus. 
Le 21 mai 2014, des étudiants mécontents du retard de paiement de leurs bourses ont caillassé les locaux du Coud détruisant matériels informatiques et documentations administratives. Les pertes avaient été évaluées à plusieurs dizaines de millions. 
Cette escalade de la violence s’est poursuivie le 14 juillet suivant. Des étudiants supposés appartenir au collectif  « Master pour tous » ont nuitamment déversé des dizaines de litres d’huile de vidange dans les travées des amphithéâtres dans le seul dessein d’empêcher à ceux et celles qui ont encore la chance de prétendre à un master d’y accéder. En dépit de la plainte déposée par le Doyen de la Faculté des Lettres, aucun des vandales, pourtant bien identifiés, n’a été arrêté à ce jour. 
Horresco referens, le 23 juillet dernier, cette spirale de violence intra-étudiante a atteint son point d’orgue avec le meurtre de l’étudiant en 4e année à l’Inseps(Institut national supérieur de l’éducation populaire et du sport) Massaer Boye tué au cours d’une rixe estudiantine à l’heure de la coupure du jeûne. A ce jour, le meurtrier, bien que logeant au campus universitaire, court toujours. A part quelques condamnations de principe et quelques indignations de tartuffes, cet homicide a été lâchement et iniquement mis sous le boisseau. Et pourtant, la mort de  Boye aurait pu servir d’alerte et interpeller les autorités, les étudiants eux-mêmes, les professeurs et les parents d’étudiants, les organisations des droits humains et la société civileet les pousser à une réflexion profonde sur la violence universitaire qui avait atteint son sommet avec le décès tragique de Massaer. Malheureusement,ce meurtre n’avait pas ému grand monde. On n’en parle plus et le meurtrier court toujours. Même ses camarades étudiants ont enseveli ce meurtre dans le cimetière de leurs silences complices. Après que Massaer est enterré presque dans l’indifférence méprisante de ses camarades et professeurs, Bassirou, accompagné par des étudiants affligés qui pleuraient bruyamment et tombaient à genoux, est inhumé en grande pompe. Ses obsèques grandioses ne sont en rien comparables à celles de l’étudiant de l’Inseps. On exige des éclaircissements surle meurtrier de l’étudiant en mathématiques, mais pour le cas de Massaer, c’est le silence total.    
Et où était le Secrétaire  général  du Syndicat autonome des enseignants du Supérieur (Saes), Seydi Ababacar Ndiaye, qui verse aujourd’hui, après la mort de Bassirou Faye, dans la surenchère du radicalisme pour faire du départ de Mary Teuw Niane une condition sine qua non de la reprise des cours à l’Université ?Où était Yankhoba Seydi, coordonnateur du Saes de l’Ucad, et par ailleurs, homme-lige d’Idrissa Seck, qui qualifiait naguère l’Ucad de « zone criminogène et non éducogène » après le saccage du rectorat au point de demander l’institution d’une police universitaire ? Aujourd’hui, leur seule solution pour résoudre un problème d’ordre systémique est de limoger le ministre Mary Teuw Niane et son collègue de l’Intérieur, Abdoulaye Daouda Diallo. Curieuse façon pour des universitaires de résoudre par un coup de sang un problème crucial qui mérite une profonde réflexion.
Où étaient aussi les hâbleurs Seydi Gassama d’Amnesty international, Ababacar Mbodj de la Raddho, Birahim Seck du Forum civil, Alioune Tine du Comité sénégalais des Droits de l’Homme, Assane Dioma Ndiaye de la Ligue sénégalaise des droits de l’Homme quand les étudiants commettaient cette kyrielle de violencesdont la  plus illustre  victime est Massaer Boye? 
Où étaient les deus ex machina Idrissa Seck et Abdoulaye Wade qui, tels des goules, ont voulu cannibaliser le cadavre frais de Bassirou Faye pour en tirer immoralement un profit politique ? Tous les réquisitoires condamnatoires posthumes émanant de ces pontifes moralisants et pharisaïques des droits humains ne sont que cautère sur une jambe de bois. La situation universitaire exige plus de lucidité et de sérénité que des déclarations spontanées ou des récupérations politiciennes qui  en font un fonds de commerce.
Où était l’Etat, qui est le premier garant de la sécurité des personnes et biens publics mais qui semble avoir perdu le contrôle de l’Université ?
 
LE MANQUE DE SINCÉRITÉ DES ACTEURS
Dans cette spirale de violence mortifère au sein de nos universités, les professeurs syndicalo-politiciens du Saes, les étudiants, la société civile, les parents d’étudiants et le gouvernement se partagent à des degrés divers les responsabilités. Personne ne joue franc jeu. Le ministre se noie dans son impéritie, atermoie et louvoie dans le payement des bourses, les étudiants, faute de pouvoir se servir de leur matière grise pour faire face aux défis pédagogiques et défendre les valeurs académiques de l’Université, désertent les amphis, s’organisent en bandes de voyous et utilisent la violence comme seul expédient de se faire entendre.
Au Sénégal, les étudiants-gangsters ne sont jamais sanctionnés pour les actes de vandalisme ou les crimes qu’ils commettent. On les protège avec la complaisance, la complicité ou la duplicité de certains professeurs universitaires, du pouvoir exécutif ou judiciaire. Ainsi la mort horrible de Bassirou Faye, qui ne pèse pas plus lourd que celle de Massaer Boye, n’est que le point d’orgue de la violence mortifère que sécrète l’université et que décrètent Etat, étudiants et professeurs. 
Les meurtresatrocesdesétudiantsMassaer Boye et Bassirou Faye, en moins de deux mois à l’université Cheikh Anta Diop,ont montré à l’opinion publique ainsi qu’à toutes les composantes des champs politique et civil,que les véritables responsables de la germination de cette violence terroriste dans les campus universitaires ne sont point les policiers, simples exécutants, mais le triumvirat Etat-Enseignants-Etudiants.Par conséquent, ce qui se passe à l’Ucad relève sociologiquement d’un phénomène de violence chronique dont la responsabilité est partagée même si c’est à des degrés divers. 
Cela dit, il appert que les forces de l’ordre ne sont pas exemptes de reproches dans cette flambée de violence qui embrase en permanence l’Ucad. Quand bien même les policiers seraient tenus de maintenir l’ordre public lors des manifestations, ils ne doivent pas pour a utant recourir à une force répressive excessive, c’est à dire disproportionnée et qui va uniquement dans le sens de blesser ou de détruire. 
 
TENTATIVE DE MANIPULATION POLITICIENNE
Aujourd’hui qu’on en est encore à l’expertise balistique, voilà que des étudiants à la parole confuse et douteuse manipulés par les prises de positions de professeurs irresponsables du Saes et de pseudo-droit-de-l’hommiste et relayés par certains médias de la haine tentent hâtivement de faire porter le chapeau du meurtre à la police. Même la famille de  l’étudiant tué n’a pas échappé à ces manipulations puisqu’on a entendu le frère de la victime remettre en cause l’expertise balistique pour soutenir, à l’instar de certaines organisations des droits de l’homme ou syndicales, que le meurtrier de Bassirou ne peut être trouvé que dans les rangs de la police. On s’empresse de pointer du doigt un policier comme étant le responsable de l’assassinat de Bassirou Faye. Des étudiants, sous l’influence d’on ne sait quel tropisme ou quelle main obscure,fournissent de prétendues preuves testimoniales sur l’assassin de Bassirou Faye. Cette attitude désinvolte dictée par les émotions mal maîtrisées, les haines et les colères aveugles ou des manœuvres et manigances politiciennes nous replonge dans les conditions du décès tragique de Balla Gaye. A l’époque, le président Abdoulaye Wade, qui ne voulait pas subir les assauts répétés du mouvement estudiantin, avait déplacé Madior Diouf, l’alors ministre de l’Enseignement supérieur, à la Culture tout en inculpant consciemment le policierinnocent Thiendella Ndiaye de l’assassinat de Balla Gaye. Ce alors qu’il était clairement établi que des étudiants libéraux,stipendiés par des pontes du pouvoir libéral d’alors,étaient les principaux sicaires de Balla Gaye. D’ailleurs, pour les récompenser de leur acte sordide, l’Etat les avait exfiltrés en leur octroyant des bourses à l’étranger. Jusqu’à ce jour, les vrais meurtriers de Balla Gaye se la coulent douce à Marianne sans être inquiétés. Un tel scénario est encore très possible si l’on sait que les forces tapies dans l’ombre de l’alors pouvoir qui avaient organisé l’assassinat de Balla Gaye le 31 janvier 2001 dans le même endroit avec les mêmes expédients sont encore là. Un tel scénario est possible si les stratèges qui avaient pensé et organisé l’assassinat de Babacar Sèye en mai 1993 sont encore là. Un tel scénario est possible si les commanditaires des actions subversives qui ont émaillé la période pré-électorale de la présidentielle de 2012 sont encore là. 
 
Aujourd’hui encore, nonobstant le calme apparent après la mort de Bassirou Faye, la tension est toujours latente.On note encore quelques accrochagessporadiques entre étudiants et policiers. C’est en cela que le discours du chef de l’Etat au salon d’honneur de l’aéroport de Dakar, même subjectivement accusatoire,est important puisqu’il apaise les tensions et rassérène les colères noires et les haines aveugles. Cette même sérénité, le président doit la garder et aménager des plages de dialogue et de concertation francs avec les tous acteurs sans exclusive. Ce qui ne l’empêche pas d’apprécier, à juste titre, le degré de responsabilité du ministre del’Enseignement supérieur dans cette situation chaotique et de prendre les décisions conséquentes si cela s’avère nécessaire.
LE TEMOIN
Article paru dans « Le Témoin N° 1176 » –Hebdomadaire Sénégalais ( SEPTEMBRE 2014)
 

Pourquoi il nous faut un civisme fiscal pour l'économie Sénégalaise
Un civisme fiscal, une baisse du taux d’imposition, un maillage fiscal efficace, une réduction de l’assiette fiscale, une souveraineté alimentaire, une valorisation des produits locaux, un retour au travail sont autant d’éléments à retenir !

Le Sénégal est un pays plat, drainé au nord par le fleuve Sénégal et au sud par la Casamance. Le climat est tropical plus sec dans le nord (végétation de type sahélien). Le sud est dans le domaine de la forêt. Le Sénégal couvre une superficie de 196.714 km², pour une population d’environ 12 millions d’habitants. 
Ce pays possède la troisième économie de la sous région ouest africaine après le Nigeria et la Côte d’Ivoire. Compte tenu de sa situation géographique et de sa stabilité politique, le Sénégal fait parti des pays africains les plus industrialisés avec la présence de multinationales qui sont majoritairement d’origine française et dans une moindre mesure américaine. Son économie est principalement tournée vers l’Europe et l’Inde. Il est membre de l’Union économique et monétaire ouest africaine. 

Le civisme fiscal ou l’accomplissement volontaire par les contribuables de leurs obligations fiscales : 

Parler de civisme fiscal nous emmène à revenir d’abord sur ce qu’est le civisme. 
En effet, le civisme consiste, à titre individuel, à respecter et à faire respecter les lois et les règles en vigueur, mais aussi à avoir conscience de ses devoirs envers la société. De façon plus générale, le civisme est lié à un comportement actif du citoyen dans la vie quotidienne et publique. C’est agir pour que l’intérêt général l’emporte sur les intérêts particuliers. 
Prôner le civisme fiscal c’est faire en sorte que l’impôt apparaisse de plus en plus comme le prix d’un service rendu par l’institution qui en bénéficie plutôt que comme l’expression d’un lien de solidarité voir même d’un devoir social. Le contribuable est soucieux de l’utilisation qui est faite de l’argent public, il se considère beaucoup plus comme un client que comme l’usager d’un bien collectif. 
L’administration fiscale de son côté se considère elle-même comme une entreprise et s’engage dans un processus de rentabilisation de sa gestion, de recherche de l’efficacité et de la performance. Il s’agit dans ce cadre de mieux faire respecter l’impôt, de prévenir l’évasion fiscale, d’isoler les fraudeurs et de rendre le meilleur service au meilleur coût. 
En tout état de cause les citoyens ont besoin de connaître la destination de l’impôt comme le stipule l’article 14 de la déclaration universelle des doits de l’homme et du citoyen de 1789 (Révolution française) : « Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée. »
En effet la constitution sénégalaise du 22-1-2001 a affirmé son adhésion à la déclaration des doits de l’homme de 1789 et à la déclaration universelle des droits de l’homme du 10-12-1948.

Le taux d’imposition

Reconnaissons qu’au Sénégal le taux d’imposition est élevé, l’un des plus élevé de la zone UEMOA. Cela s’explique dans une large mesure par la structure de l’assiette de l’impôt : quelques entreprises seulement s’acquittent des impôts. Et, ces impôts, selon la loi de Laffer (trop d’impôt tue l’impôt), favorisent la fraude fiscale. L'on feint la myopie, mais il en est q’un pourcentage énorme des richesses générées échappe au fisc. Le recouvrement de l’impôt se concentre sur un nombre limité d’opérateurs. De nombreux facteurs contribuent au faible recouvrement de l’impôt : la part considérable du secteur informel dans l’économie nationale, la discrimination incontrôlée contre les contribuables qui ont des ressources permanentes et substantielles, les moyens limités dont dispose l’administration fiscale pour mener à bien sa tâche.
La forte pression fiscale s’explique également par la généralisation et l’harmonisation des taux de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) au sein de l’Union économique et monétaire ouest africain (UEMOA).

L’assiette fiscale 

L’assiette fiscale est la somme servant de base de calcul de l’impôt. C’est sur cette base que le contribuable est imposé. Aujourd’hui l’Etat doit envisager non l’accroissement de la fiscalité ni de la parafiscalité mais la diversification de l’assiette fiscale faisant référence à la célèbre courbe de Laffer qui stipule que. Celle-ci stipule que : « Plus la pression fiscale augmente, plus les recettes fiscales de l’Etat augmentent mais seulement jusqu’à un certain seuil au-delà duquel elles finissent même par diminuer. »
Certains économistes affirment que les méthodes keynésiennes, à force de vouloir soutenir la demande globale par l’accroissement des dépenses publiques (suivi d’une hausse de la fiscalité), ont débouché sur la stagflation (entendue comme la coexistence de l’inflation et du chaumage) parce qu’elles ne prenaient pas en compte les effets défavorables sur les incitations à produire, conséquence de l’augmentation de la fiscalité. En même temps qu’on accroissait la demande globale on freinait, sans s’en rendre compte, la production : avec pour double résultat l’inflation et le chaumage. Les économistes de l’offre renversent alors l’analyse keynésienne : pour eux la croissance économique résulte directement de l’accroissement de l’offre, ce qui réduit l’inflation, alors que pour les keynésiennes elle résulte de l’accroissement de la demande globale (qui traîne l’inflation dans son sillage). 
Ainsi la recette de l’économie de l’offre consiste à mettre en place la réduction d’impôts qui cherche à accroître les incitations à produire du nouveau revenu en baissant le taux d’imposition auquel il est taxé. 
En tout état de cause l’Etat doit faire en sorte que tous ceux qui remplissent les conditions paient l’impôt. C’est la meilleure façon de rendre le maillage fiscal efficace et par voie de conséquence couvrir le budget national. Si nous prenons comme exemple le budget 2007 qui tournait autour de 1500 milliards ; seuls 800 milliards proviennent des recettes fiscales, 436 milliards environ des recettes douanières, le reste des aides et autres. 
Alors que si tous ceux qui devraient payer l’impôt s’efforçaient à le faire, on pourrait se passer des recettes douanières qui tôt ou tard tendront à disparaître ; le commerce est appelé à être libre suivant les objectifs de l’OMC. 
Il s’agit notamment de supprimer les obstacles, d’informer les particuliers, les entreprises et les pouvoirs publics sur les règles commerciales en vigueur dans le monde et d’apporter une certitude juridique aux transactions commerciales internationales. 

Serigne Samba Ndiaye

Procès Habré, tous coupables!
Comme annoncé par les Chambres africaines extraordinaires, spécialement constituées à cet effet, le jugement d’Hissein Habré  a débuté , ce lundi 20 juillet 2015, à Dakar. Quoiqu’on ait mis tant de temps à réunir les conditions nécessaires à la tenue de cet événement, nul doute que sa réalisation sonne d’abord comme l’aboutissement d’un long processus jalonné des luttes multiformes menées par les victimes de la dictature déchue qui, contre vents et marées, se sont battues, sans relâche, pour que justice leur soit rendue. Aussi ce jour couronne-t-il d’abord leur victoire, la leur propre, mais aussi celle de tous ceux qui, individus ou associations, les ont soutenues, aidées, militant ainsi pour qu’elles aient gain de cause. Par conséquent, il est juste de s’en réjouir ! Mieux, en guise de respect, on devrait également s’incliner devant ces femmes et ces hommes qui, à travers ce procès, démontrent finalement que les combats que l’on perd d’avance, à coup sûr, sont ceux qu’on n’engage pas, car, si l’Union Africaine, ce syndicat des dictateurs africains, s’est résignée à accepter de juger un de ses anciens membres, c’est d’abord parce que ceux qui avaient subi les arrestations arbitraires, les tortures, bref, toutes les barbaries commises huit ans durant, sous la férule de l’ancien dictateur, n’ont jamais baissé les bras, malgré tous les obstacles, et ont continué à se battre pour que ces crimes-là ne restent pas impunis ! Alors, chapeau bas pour ces femmes et ces hommes !

Cependant, nous ne devons pas nous laisser griser par une quelconque euphorie, aussi légitime soit-elle, et passer à côté de l’essentiel. En effet, la question du jugement d’Hissein Habré est une affaire d’une importance politique capitale. Par conséquent, elle mérite d’être traitée avec rigueur, toute la rigueur que requiert justement un problème politique majeur de ce genre.

Les membres du Collectif des avocats des victimes donnent l’impression d’avoir saisi, eux aussi, l’importance de ce jugement. Le 29 juin dernier, dans une déclaration faite à la presse, l’un d’eux, Assane Diouma Ndiaye, a insité sur « le caractère historique du procès ». Selon lui, toutes les dispositions ont été prises pour qu’il en soit ainsi : « Tout a été fait dans ce dossier pour que ce procès soit exemplaire. Non pas pour le Tchad, mais, pour toute l’Afrique. », a-t-il ajouté.  Il s’est également longuement appesanti sur les conditions qui seraient celles de ce jugement, qu’il voudrait conformes aux normes internationales : « Il s’agit, a-t-il précisé, de montrer au monde que l’Afrique est capable d’organiser un procès en respectant les standards internationaux et en jugeant ses propres fils. »

Cependant, si ces propos tentent d’éclairer les conditions du déroulement du procès, ils n’en restent pas mois évasifs, vagues, quant il s’agit des conditions de fond à même de conférer justement à ce procès « un caractère historique » et « exemplaire » ! Plus que les conditions formelles, ce qui compte, en effet, c’est l’objet même du procès ! Qui va-t-on juger ? Est-ce l’individu Hissein Habré, qu’une certaine opinion acquise au pouvoir de Déby brocarde, à travers des considérations moralisatrices, comme un homme méchant, violent, en mal de boucherie, tel qu’on l’a vu dernièrement lors du jugement de N’Djaména, au cours duquel ont défilé à la barre les responsables de la DDS, présentés à cette occasion comme « les collaborateurs » du dictateur déchu ? Ou est-ce l’homme politique, le Chef de l’Etat tchadien, qui, pendant huit ans, grâce à des multiples complicités, tant internes qu’externes, a, avec ses comparses et sous-fifres, imposé au pays la dictature la plus révoltante qui soit de sa récente histoire ? Du choix de l’une ou l’autre optique dépendent aussi bien ce qu’on voudrait faire de ce procès que les caractéristiques qu’on souhaiterait lui donner !

 Pour que ce jugement entre dans l’histoire et fasse date, comme semble le vouloir le Collectif des avocats des victimes, celui-ci devrait affirmer clairement que,  contrairement à la tendance actuelle, – qui se focalise uniquement sur les responsabilités de l’ancien satrape -, ce dont il s’agit, en réalité, c’est plus que le jugement de celui-ci : au-delà du cas de l’individu Hissein Habré et de ses responsabilités personnelles, bien sûr, ce procès est surtout celui de l’Etat tchadien sous l’autorité de l’ancien dictateur pendant les huit années qu’a duré son règne !

 En effet, objectivement, on ne peut pas juger Hissein Habré en dehors de la fonction qui a été la sienne à la tête de l’Etat ! Dans ces conditions, ne mettre en exergue que les responsabilités personnelles de ce dernier, c’est faire preuve d’une vision réductrice des choses. C’est surtout ne voir qu’un aspect du problème, un aspect réel, certes, mais secondaire, qui ne permet pas de poser la question dans sa globalité et au niveau de sa gravité. Hissein Habré n’est pas un quidam quelconque : l’homme qui doit passer à la barre a été le principal responsable d’une organisation politique, économique, sociale, administrative, militaire et judiciaire, que l’on appelle communément l’Etat, qu’il a dirigée pendant huit ans grâce à de nombreuses alliances, aussi bien internes qu’externes. Par conséquent, s’il est juste et moralement sain de le juger, son procès devrait nécessairement être surtout celui de cet Etat-là, puisque c’est dans le cadre de sa fonction à la tête de celui-ci que ses responsabilités personnelles devraient être examinées ! En d’autres termes, ce jugement devrait se fixer comme tâche d’apprécier les responsabilités personnelles de l’ancien dictateur, évidemment, mais aussi celles de tous ceux qui, à un moment ou à un autre, ont assumé d’importantes fonctions au sein de cette dictature ou joué un rôle éminent dans le fonctionnement et le maintien de celle-ci.

 C’est ainsi et ainsi seulement que ce procès pourrait avoir « un caractère historique » et être « exemplaire ». C’est la seule condition pour qu’il fasse date et école à la fois. C’est de cette façon et pas autrement qu’il sera vécu non pas seulement comme la victoire des victimes tchadiennes contre leur ancien dictateur, mais aussi celle de l’ensemble des masses populaires africaines en butte de façon permanente à des tas d’exactions, de privations de toutes sortes que leur imposent les différents dictateurs qui dirigent sur le continent. Même si cela ne va pas mettre fin tout de suite à l’arbitraire et aux injustices dont les petites gens sont victimes, il renforcera au moins le moral de ces dernières et servira d’exemple : les masses opprimées y verront la preuve du fait que, si elles s’organisent et ne se laissent pas faire, elles pourront avoir gain de cause et cela comptera dans les combats futurs qui éclateront inévitablement.

 Par contre, si, par malheur, comme cela semble être le cas actuellement, ce jugement se réduit à celui d’un individu, Hissein Habré, aussi responsable qu’il soit, il est vrai, et occulte, passe sous silence, toutes les complicités, tant nationales qu’internationales, dont il avait joui huit ans durant avant sa chute, alors, il ne sera rien d’autre qu’un simulacre, une parodie de justice, une farce, exactement comme le jugement des responsables de la DDS que le pouvoir de Déby  a organisé à N’Djaména il y a peu,  quelle que soit, par ailleurs, la condamnation de l’ancien dictateur, dont personne ne se plaindra !

En outre, avec ce procès, nous avons l’heur de plonger dans le passé récent de notre histoire pour non seulement tenter de comprendre comment des entrailles même de notre société ont pu surgir des actes aussi barbares comme ceux commis par la dictature d’Hissein Habré, mais aussi de réfléchir sur l’avenir, sur les contours que pourrait avoir ce dernier et les conditions qu’il faudrait pour le rendre socialement meilleur et démocratique. A partir du bilan du règne d’Hissein Habré donc, qui doit être le fondement du jugement de celui-ci, c’est encore une fois l’occasion idoine de discuter de quelles perspectives nous avons besoin pour sortir, une fois pour toutes, du cycle permanent, immuable, des dictatures, des guerres ethniques, des bandes armées, des violences de toutes sortes, mais aussi de l’exploitation, de la misère, des maladies et autres privations, dont les principales victimes sont les masses laborieuses, quelles que soient leurs ethnies, régions ou religions.

 Dans cette optique-là, alors oui, le pouvoir d’Hissein Habré était une dictature féroce, certainement l’une des plus sanguinaires que l’Afrique moderne ait connues, l’homme lui-même, un potentat ! Sous son régime – est-il encore besoin de le rappeler ? -, c’était le règne des injustices de toutes sortes, de l’arbitraire, des arrestations et des assassinats crapuleux. Le pays entier était transformé en un immense mouroir, essaimé de charniers, de prisons où l’on pratiquait des tortures de tout genre, où l’on tuait impunément, dans un environnement concentrationnaire sciemment organisé : parti unique, organisation des femmes unique, organisation des jeunes unique, syndicat unique, le tout encadré par un système outrancièrement policier, bâti sur le modèle des dictatures les plus hideuses du continent, comme celle de Mobutu. Toute contestation était bannie. L’interdiction des grèves était même inscrite dans la constitution. L’arbitraire était porté à un point tel que de simples particuliers, membres de la famille du dictateur ou proches du pouvoir, pouvaient avoir leurs prisons, chez eux, où ils faisaient subir des sévices à des personnes incarcérées souvent pour des motifs d’ordre privé. Tout cet encadrement dictatorial du pays, dont le but était la défense du pouvoir en place, qui avait maille à partir avec plusieurs bandes rivales armées, était politiquement fondé, nourri, alimenté, des années durant, par une campagne basée sur un grossier mensonge d’Etat, historique, selon lequel la Libye du dictateur Khadafi, un pays sous-développé, dominé lui aussi par les puissances impérialistes malgré ses pétrodollars, ambitionnerait tout simplement de « coloniser »,  d’« annexer » ou, plus terre à terre, plus trivialement, de « manger » le Tchad. Pas moins que ça !

Par ailleurs, sous ce même régime, soutenu et protégé par l’impérialisme français, pour la première fois dans l’histoire politique du pays, le vol, le pillage des caisses de l’Etat, les détournements des fonds publics se faisaient ouvertement, au vu et au su de tout le monde, au grand jour, et non en catimini comme dans les périodes antérieures. L’Etat était transformé en une providentielle vache à lait, au cycle de lactation permanent et intarissable, par les tenants du pouvoir, leurs proches et les agents à leur service. En peu de temps, des fortunes colossales se sont édifiées et s’affichaient de façon ostentatoire. Une bonne partie de la richesse des dignitaires du pouvoir provenait d’un racket, d’un vol, décidé et imposé par l’Etat lui-même, de la façon la plus légale qui soit, appelé « contribution à l’effort de guerre ». Au nom de cette politique, les masses populaires étaient saignées à blanc : à la source, les dirigeants ponctionnaient, prélevaient une partie des salaires des travailleurs ; dans les campagnes, les paysans étaient forcés de payer leur contribution en nature, sous forme de bétail ou de vivres ; dans les grands centres urbains, régulièrement, étaient organisées par les dignitaires de l’UNIR, le parti unique de l’époque, des collectes de bijoux, en or notamment, destinés, en principe, à être vendus pour soutenir l’effort de guerre. Mais, en réalité, tous ces sacrifices énormes imposés aux masses populaires servaient à engraisser les dignitaires de la dictature. En revanche, alors qu’une minorité de parasites s’enrichissait à vue d’œil, les couches opprimées qui, par leur travail, leur sueur, produisaient justement ces richesses-là, étaient condamnées à la misère, par des salaires du même nom, vivaient à côté des égouts à ciel ouvert, et mouraient souvent faute de médicaments ou emportées par des maladies bénignes dont certaines sont soignables tout simplement avec de l’eau potable.

Ces pratiques, toutes scandaleuses et révoltantes, étaient vécues par les dignitaires du régime comme des mœurs et des situations normales, naturelles, à un degré tel que, au moment de sa piteuse fuite le 1er décembre 199O, Hissein Habré ne s’est pas contenté de vider les caisses des banques et des entreprises publiques, mais il a aussi tenté de s’approprier … l’avion présidentiel, comme si c’était le sien propre. C’était tout un symbole !

A la chute de l’ancien dictateur, bien qu’elles n’aient été menées que dans le Chari Baguirmi et quelques autres régions, les investigations de la commission chargée de faire la lumière sur les crimes et les détournements de fonds commis sous son régime ont abouti à des résultats pour le moins affreux, qui constituent un legs lourd et plus qu’accablant pour son pouvoir : des dizaines de milliers de personnes, au moins, assassinées, mais aussi d’orphelins, de veuves et des milliards de francs CFA emportés, qui permettent aujourd’hui à Hissein Habré de s’offrir un exil doré à Dakar et, ironie du sort, une pléiade d’avocats à sa solde pour se défendre contre les victimes de sa dictature ! Avec un tel héritage, sans aucun doute, l’ancien dictateur a signé avec la postérité un bail à vie qui le classe parmi les plus grands criminels et crapules des temps modernes !

Mais dans cette tragédie, subie dans des conditions des plus révoltantes par les masses populaires notamment, pendant huit longues et sombres années, peut-on dire ou penser qu’il n’y ait eu qu’Hissein Habré qui soit le seul responsable ? Non, évidemment ! Bien qu’il fût le principal organisateur et maître à bord de son pouvoir dictatorial, celui-ci ne l’a pas dirigé tout seul. Il l’a fait avec la complicité, la collaboration d’une kyrielle de gens, des militaires, des politiciens, ses chefs d’état-major, ses généraux, ses colonels, ses capitaines, ses ministres, ses députés, ses préfets, ses magistrats, ses directeurs généraux et autres plumitifs, qui ont tous fait le choix conscient de s’associer à lui pour imposer leur dictature commune à l’ensemble de la population opprimée.

Des plus proches collaborateurs du dictateur d’hier, il y a d’abord Idriss Déby Itno, qui l’a remplacé à la tête de l’Etat ! Pendant longtemps, celui-ci avait été le numéro deux d’Hissein Habré, son chef d’état-major, son conseiller à la défense, membre éminent de la direction des FAN d’abord et ensuite du comité central de l’UNIR, le parti unique de la dictature de l’époque. C’étaient Idriss Déby Itno et une bonne frange de ses compagnons d’aujourd’hui, à la tête du pouvoir et du MPS, qui, dans le chaos des années 80, né de la combinaison de la crise sociale, de la décomposition de l’Etat, de l’échec des différentes tendances issues ou se réclamant du FROLINAT et de la faillite du GUNT, avaient aidé Hissein Habré à prendre le pouvoir à N’Djaména, le 7 juin 1982,  grâce au soutien décisif de l’impérialisme français. Ensuite, des années durant, ils avaient pleinement contribué à asseoir et à imposer sa dictature, qui était aussi la leur. Le fait qu’à un certain moment Idriss Déby, Hassan Djamous, Abas Koty et consorts se soient opposés à leur ancien « camarade » ne change rien en cela, d’autant moins que les contradictions d’alors qui avaient éclaté entre eux, au sommet de l’appareil d’Etat, ne relevaient pas de divergences de fond relatives à la nature et au fonctionnement même de celui-ci,  tel que le démontrent d’ailleurs les faits combien têtus qui se déroulent sous nos yeux depuis bientôt vingt-cinq ans qu’Idriss Déby Itno est au pouvoir

Contrairement à la légende selon laquelle le MPS aurait libéré le Tchad de la dictature d’Hissein Habré, politiquement, ce qui s’est passé le 1er décembre 1990 est plus proche d’une révolution de palais que d’une rupture radicale avec le régime déchu. En effet, si, grâce à l’aide de l’impérialisme français, Idris Déby Itno et ses partisans ont fait partir Hissein Habré, dans le fond, il ne se sont contentés que de cela : ils ont gardé son système comme tel, intact, avec pratiquement les mêmes hommes. Dès leur arrivée au pouvoir, ils ont pris pour leur propre compte tout l’appareil d’Etat légué par leur ancien compagnon, associé à la gestion des affaires tous les collaborateurs du dictateur déchu, des généraux aux gardiens des prisons en passant par les ministres, les députés, les préfets, les juges, les directeurs généraux et autres tortionnaires. Même certains dignitaires de la dictature déchue, qui avaient, un moment, suivi Hissein Habré dans sa piteuse fuite, ont été reçus et accueillis avec pompe, quand ils ont rebroussé chemin. A part quelques absents qui sont restés fidèles à l’ancien dictateur, on peut, sans risque de se tromper, dire que la plupart des responsables politiques et militaires de la dictature de l’UNIR sont presque tous en place,  soit au sein du pouvoir, des instances du MPS, soit à la retraite ou sont morts de leur belle mort avec les honneurs rendus par Idriss Déby Itno au nom de l’Etat. Malgré quelques changements formels, comme l’instauration du multipartisme, que l’ancien chef d’état-major d’Hissein Habré a dû consentir à réaliser sous la pression de l’impérialisme français pour s’adapter à l’air du temps, c’est, pour l’essentiel, le même Etat dictatorial qui est en vigueur, avec quasiment les mêmes hommes et les mêmes mœurs ! Les oripeaux démocratiques dont voudrait se draper le régime ne sont, somme toute, qu’une feuille de vigne qui tente difficilement de cacher la nature profondément dictatoriale du pouvoir, avec les mêmes pratiques qu’avant, – assassinats, ethnisme, régionalisme, népotisme, clientélisme, exploitation éhontée des ressources humaines et naturelles au profit d’une minorité de parasites, pillage des deniers publics, rigorisme religieux nauséabond -, portées à un paroxysme tel que, même si c’est avec vingt-cinq ans de retard, Idriss Déby Itno lui-même vient d’avouer publiquement qu’il n’est « entouré que de voleurs ». C’est tout dire ! Mais, on se gardera bien d’ajouter que c’est en même temps très sympa pour ses compagnons !

Il y a aussi les autres… notamment certaines grosses pointures bien connues de l’opposition, parlementaire ou armée, ou de cette nébuleuses qu’on appelle la mouvance présidentielle, comme les Mamat Nouri, les Nguini Korei, bien sûr,  hauts dignitaires et militants zélés des FAN, d’abord, et de l’UNIR, ensuite, mais aussi les Yorongar Ngarlédji, Kassiré Komakoye et j’en passe, tellement qu’ils sont nombreux. L’opinion, cet éternel témoin de nos faits et gestes, individuels comme collectifs, reconnaîtra les autres et se souviendra certainement d’eux lors de ce procès!

Hier encore, tous ces gens-là, Idriss Déby Itno, certains de ses compagnons du PMS, de sa mouvance ou certains dirigeants de son opposition, tous anciens caciques de la dictature d’Hissein Habré, hâtivement reconvertis à la nouvelle religion du multipartisme, qui se disent aujourd’hui « démocrates », cherchent à se forger une nouvelle image de marque fleurant bon l’innocence et la vertu, hier encore donc, tous ces gens-là se bouchaient les oreilles pour ne pas entendre les cris assourdissants des morts qu’achevaient leurs différents agents dans les geôles de leur DDS. Ils étaient aveugles et sourds à tout, pourvu que leur « boss » distribue les miettes tirées de l’exploitation de la population pauvre et assure leur pitance. Ils n’étaient intéressés que par le bifteck qui tombait dans leurs assiettes. Ils ne se préoccupaient pas de sa provenance, s’en moquaient même et étaient encore moins choqués par le sang des pauvres qui en dégoulinait ! Or, les voici aujourd’hui qui font hypocritement semblant de découvrir avec stupéfaction les atrocités de leur dictature qu’ils ont couvertes d’un silence complice, lequel les rend aussi responsables que leur ancien patron Hissein Habré !

Certains de ces anciens dignitaires du régime déchu ont tenté de se disculper en arguant que leur rôle, à côté l’ancien satrape, n’était que d’ordre purement militaire ou technique, sous-entendant ainsi qu’ils ne jouissaient d’aucun pouvoir politique réel et que seul l’ex-dictateur décidait de tout. Mais, de telles assertions ne servent qu’à couvrir de ridicule ceux qui les tiennent ! Car, le jour où il faudra faire le bilan du régime actuel – Et il faudra bien le faire un jour puisque l’histoire des sociétés humaines nous apprend qu’aucun régime n’est éternel, n’est-ce pas ? -, eh bien ce jour-là, dira-t-on qu’il n’y aura eu qu’Idriss Déby Itno seul qui ait été responsable de tout ce qui se sera passé sous son long règne, sans parler de ses principaux comparses, les caciques du MPS, les membres du fameux club de Bamina et tous ceux qui auront assumé de hautes fonctions à ses côtés des années durant?  Non et non, bien sûr ! Eh bien, c’est la même chose pour le dictateur déchu!

En effet, on n’entre pas dans un gouvernement, quel qu’il soit, pour y exercer de hautes responsabilités, comme on entrerait dans un bar quelconque pour étancher sa soif avant d’en sortir sans que cela ne tire à conséquence ! Le fait d’assumer de hautes responsabilités au sein d’un pouvoir donné ne peut être assimilé à une démarche fortuite : c’est, avant tout, un acte, un choix conscient, éminemment politique et social, parce qu’il est l’expression franche, déclarée, d’une adhésion aux objectifs, aux idéaux, aux orientations essentielles qui constituent le fondement politique de l’Etat en vigueur, que l’on partage, sans réserve ou dans leurs grandes lignes, mais que l’on partage quand même !

Par ailleurs, il n’existe, dans aucun Etat au monde, d’un côté, un domaine purement politique et, de l’autre, un autre essentiellement militaire, les deux séparés par une cloison étanche. Bien au contraire ! Les deux éléments, le politique et le militaire, sont partout intimement liés, depuis que la société est divisée en classes sociales, surtout sous le système capitaliste. Aussi le pouvoir d’Hissein Habré n’a-t-il pas fait exception à la règle. Il en a plutôt été une hideuse illustration ! Sous ce régime, le pouvoir politique né du coup de force militaire du 7 juin 1982, grâce au soutien de l’impérialisme français, était tellement lié à l’armée, aux forces de l’ordre en général, que non seulement celles-ci constituaient l’ossature, la base fondamentale de la dictature, mais que, par ailleurs, le pouvoir lui-même était l’expression des choix politiques de la hiérarchie militaire : la plupart  de généraux, de colonels, de hauts cadres de l’armée d’alors étaient en même temps des dignitaires politiques de l’UNIR, le parti unique, membres de la direction de celui-ci, participant, sous la houlette du dictateur Habré, à l’élaboration des orientations politiques générales du pays. C’était notamment le cas, par exemple, d’Idriss Déby Itno, qui était membre du bureau exécutif de l’UNIR et y occupait le poste de Commissaire à la Défense et à la Sécurité. Rappelons, au passage, que, à un certain moment, il était aidé dans cette tâche par un Commissaire adjoint du nom de …Yorongar Ngarlédji. C’était à ce titre-là que, dans les années 83 et 84, au fort moment de la répression qui s’abattait sur la zone méridionale, celui-ci sillonnait la région pour tenter de convaincre les Codos réfractaires de se rallier à la dictature de N’Djaména.

 Quand on se met au service d’un pouvoir donné en y assumant une charge importante, on n’est pas que responsable de son domaine propre : on est aussi comptable de tout le reste, car L’Etat est un tout ! C’est cela d’ailleurs que les politiciens bourgeois occidentaux, que les nôtres admirent et tentent de singer, soulignent et traduisent quand ils parlent de « solidarité gouvernementale » lorsque leur pouvoir est en butte au mécontentement populaire ou affronte une difficulté quelconque. A moins qu’on ne soit donc un opportuniste fieffé, on ne peut pas être solidaire d’un dictateur lorsqu’il est entouré d’une illusion de gloire et ne pas l’être quand, avec lui, il s’agit de rendre compte à l’Histoire !

Par conséquent, Idriss Déby Itno, certains de ses comparses actuels, mais aussi des chefs de son opposition, qui ont tous assumé d’importantes responsabilités au sein du pouvoir d’Hissein Habré, des années durant, ne peuvent pas ne pas être considérés également comme comptables des crimes commis par la dictature qu’ils ont consciemment servie ! On ne pourrait concevoir que quelques agents de la DDS, ces simples exécuteurs des basses besognes, rendent justement compte devant la justice, mais que leurs chefs, les vrais décideurs, ceux-là mêmes qui avaient participé aux décisions politiques ayant conçu cet instrument de mort ne le fassent pas. La responsabilité des uns ne pourrait cacher celle des autres, ni être un alibi pour ces derniers ! Oui, quoiqu’on ne puisse occulter, ni négliger les actes commis par les agents de la DDS, qui viennent d’être condamnés par la justice de Déby, ceux-ci ne sont finalement que des menus fretins : les vrais responsables, les requins blancs, les monstres, sont surtout les responsables politiques, Hissein Habré et ses proches collaborateurs notamment, qui ont bâti la dictature dont on parle aujourd’hui, cette dictature dont la DDS n’était qu’un rouage parmi d’autres !

 Mais au-dessus de tous ces gens-là, qui ne sont finalement que des nègres de service, des laquais, – pour certains, richement payés, certes, mais des laquais quand même -, y compris leur ancien « boss », Hissein Habré, chassé avec un coup de pied au derrière tel un « bandjoss » dont on ne veut plus, il y a  leurs maîtres de Paris, de Washington et d’ailleurs. En effet, plus que les séides locaux et les sous-fifres à leur service, le principal responsable des crimes odieux commis par les différentes dictatures qui, de François Tomabalbaye à Idriss Déby Itno, se succèdent les unes aux autres, est d’abord l’impérialisme, français notamment. C’est ce dernier qui, depuis la période coloniale jusqu’aujourd’hui, décide du destin du pays en changeant, tels des pions sur un échiquier, les hommes politiques à la tête de l’Etat, en fonction de ses intérêts. C’est lui qui a imposé Tombalbaye pour le remplacer ensuite au profit du tandem Malloum-Kamougué ! C’est encore lui qui s’est débarrassé de ce dernier au profit du duo Goukouni-Habré, avant d’imposer celui-ci tout seul, pendant huit ans,  pour ensuite lui préférer Idriss Déby Itno parce que, entre-temps, il était devenu très impopulaire, donc gênant !

Hissein Habré n’aurait jamais pu faire ce qu’il a fait et tenir à la tête du pays pendant une si longue période s’il n’avait bénéficié du soutien massif et multiforme de la France surtout et, dans une certaine mesure, des Etats-Unis. C’est l’impérialisme français qui l’avait porté au pouvoir et, huit ans durant, il l’a soutenu, aidé financièrement et militairement. Il a mis à sa disposition tous les moyens possibles pour qu’il se maintienne et s’impose à ses rivaux. Lors de la commémoration du deuxième centenaire de la Révolution française, François Mitterrand a même eu le culot de s’afficher avec lui comme son invité d’honneur ! Sous le pouvoir de Ronald Reagan, les autorités américaines lui ont aussi déroulé le tapis rouge.

 Pourtant, pendant tout le règne sanglant d’Hissein Habré, les dirigeants français et américains ne pouvaient pas  ignorer ses crimes et assassinats. Même lors des grandes et sauvages répressions, telles celles des années 83 et 84, entrées dans l’histoire sous le vocable de « septembre noir », lancées sur la zone méridionale et dirigées à l’époque par un certain Idriss Déby, celles contre les Hadjaraïs, en 1987, ou contre les Zakhawas, en 1989, soutenues toutes par une intention manifeste de « purification ethnique », les responsables français et américains n’ont pas levé le petit doigt ni pipé mot, démontrant ainsi que, qu’ils soient de gauche ou de droite, les dirigeants des pays riches sont tous au service de leur propre impérialisme et n’ont aucun mal à fouler au pied les principes de démocratie dont ils prétendent mensongèrement se réclamer. Ils ont ainsi couvert de façon cynique les crimes de leur valet local, laissant ce dernier faire comme bon lui semblait, à condition qu’il maintienne l’ordre et que, au passage, il consente aussi à faire leur sale guerre contre la Libye avec la peau de jeunes Tchadiens issus de la paysannerie pauvre.

 Porté au pouvoir par les autorités françaises en 1982, soutenu, financé, équipé et imposé par celles-ci jusqu’en 1990 avant qu’elles ne décident de l’en éjecter, Hissein Habré a été et reste un pur produit de l’impérialiste français en Afrique en général et au Tchad en particulier ! Par conséquent, c’est l’ordre injuste, inhumain et forcément dictatorial, que la France impose par tous les moyens aux masses populaires de ses anciennes colonies de l’Afrique notamment, qui est en définitive à l’origine des dizaines de milliers de personnes assassinées par le pouvoir du satrape déchu. Aussi tout cela la rend-il responsable de cette forfaiture au même titre que ses valets locaux !

 Depuis des années, face aux crimes commis par le régime d’Hissein Habré et ses anciens lieutenants, nombreuses sont les voix qui s’élèvent soit pour exprimer leur colère,  pour demander que justice soit faite ou pour dire : « Plus jamais ça » ! Elles ont toutes mille fois raison ! Mais l’histoire démontre que le désir de justice des masses opprimées ne s’exauce pas naturellement. Leur haine contre les crimes gratuits ne constitue pas non plus un rempart suffisamment solide pour les mettre à l’abri de la dictature et autres injustices. Et le problème est justement là ! Comment faire alors pour non seulement rendre vraiment justice aux victimes de la dictature d’Hissein Habré, mais aussi pour débarrasser la société de toute forme d’oppression, de la misère, des maladies, des guerres ethniques et autres maux dont souffrent principalement les masses laborieuses ?

 Pour une telle perspective, il ne suffirait évidemment pas de juger et de condamner Hissein Habré – même s’il le mérite et ce ne sera que la moindre des choses – ou, comme le prétend l’opposition, toutes tendances confondues, de négocier, par exemple, un compromis politique avec le pouvoir actuel pour que, devant le pays, s’ouvre la voie royale d’un changement prenant en compte les aspirations profondes des masses populaires à plus de liberté et à des conditions de vie dignes de notre époque. Inclusif ou pas, tout dialogue entre les acteurs politiques actuels, entre Idriss Déby Itno et son opposition, ne conduira qu’à une nouvelle impasse : il ne s’attaquera pas à l’ordre social en vigueur, car, tous ces politiciens sont, par un bout ou par un autre, liés à l’impérialisme français et défendent rigoureusement les mêmes intérêts, ceux des riches, nationaux et autres, principale source de toutes les privations tant sociales que politiques dont sont victimes les masses opprimées, toutes régions, religions et ethnies confondues. Si un tel dialogue se tient, sous la pression de l’impérialisme français, nos politiciens pourront peut-être trouver un compromis entre eux, s’entendre sur la formation d’un gouvernement qu’ils qualifieront d’union nationale, le partage des portefeuilles et autres strapontins ministériels, les conditions des élections, la durée d’une transition, etc, choses qui sont à mille lieues des préoccupations essentielles des masses laborieuses étranglées par tant de problèmes d’existence, notamment la cherté de la vie.

Mais, quels que soient les changements formels autour desquels Idriss Déby Itno et ses opposants pourront s’entendre, pour les couches opprimées, ce sera toujours la misère, les maladies, toutes sortes de privations et, au bout, la dictature, exactement comme ce qui s’est passé après la fameuse conférence nationale qui, il convient de le rappeler, a été aussi un dialogue inclusif à sa manière.

Mieux, il ne suffirait même pas de renverser le pouvoir actuel, de changer les hommes qui sont à la tête de l’Etat, comme le suggèrent certains dirigeants de l’opposition armée ou d’autres charlatans adeptes du parlementarisme à la sauce sahélienne, pour que cela entraîne des changements notables et significatifs pour les masses opprimées. Un simple changement de politiciens par d’autres ne sert qu’à maintenir la dictature sous de nouvelles formes. Elle n’en change pas la nature profonde et moins encore ne la détruit. C’est bien connu, le départ ou la chute d’un dictateur ne signifie pas forcément la fin de la dictature. Les masses laborieuses en font la cruelle expérience depuis vingt-cinq ans au Tchad : la fuite du sanguinaire Hissein Habré n’a pas été suivie d’une ère nouvelle, de libertés, d’une vie meilleure, moins encore de la fin des assassinats crapuleux et des guerres ethniques, dont les principales victimes sont les populations pauvres : Habré est parti, mais un autre Habré a pris sa place !

Au Bénin, au Mali, au Niger, au Sénégal aussi, les alternances au niveau du pouvoir n’ont aucunement changé de façon notable les conditions de vie des masses populaires. Les riches continuent à s’enrichir de plus en plus tandis que les couches opprimées deviennent de plus en plus pauvres, en plus de la dictature que leur imposent les régimes en vigueur ! Même dans les pays riches, tels que la France, l’Angleterre, les Etats-Unis, la valse des politiciens au niveau du pouvoir, que ces derniers soient de gauche ou de droite, démocrates ou républicains, travaillistes ou conservateurs, ne sert qu’à renforcer la domination des plus riches sur la société alors que des pans entiers du monde du travail et des couches populaires sombrent dans le chômages, la précarité et la pauvreté, à côté des plus grandes accumulations de richesses au monde, démontrant ainsi que la démocratie des riches est partout une dictature pour les pauvres!

 Tout cela prouve amplement que, dans le système actuel que nous impose l’impérialisme français, même si on ne peut pas occulter les responsabilités individuelles des dirigeants, la question de la dictature ne pourrait se limiter au fait ou à la faute de tel ou tel homme politique en mal de sang ou de boucherie : c’est, en réalité, l’ordre social en vigueur lui-même, le capitalisme, qui en est la source profonde. La problématique de la démocratie n’est pas sans lien avec les rapports sociaux qui dominent la société. Elle ne saurait donc s’apprécier seulement en fonction des hommes qui dirigent ou de la nature du régime politique en vigueur, c’est-à-dire de l’existence ou non des libertés essentielles. Elle se juge surtout à l’aune des conditions de vie des masses opprimées, car, au-delà des régimes politiques, ce qui exclut réellement la majorité opprimée de la nation de la possibilité de jouir des droits démocratiques élémentaires et fonde ainsi la dictature, c’est la misère imposée par l’ordre social en vigueur.

 Contrairement à ce que disent nos différents opposants, qui ne parlent que de mauvaise gestion et prétendent qu’il suffirait de remplacer la clique des corrompus au pouvoir pour que tout aille bien, en réalité, la personnalité des dirigeants importe peu. Somme toute, ces derniers ne sont que des petits commis au service d’une vaste entreprise d’exploitation dont profitent essentiellement les trusts et autres multinationales, – Total Elf, Exxon, Chevron, AREVA, Bolloré, Bouygues, Orange, SFR et autres -, qui leur laissent, au passage, quelques miettes, comme des pourboires à des garçons de café, en guise de service rendu. Ce qui compte, ce sont ces rapports sociaux, cette exploitation-là au profit des riches, qui est à l’origine du sous-développement et de la misère étranglant le continent. C’est de cette mainmise, cette dictature de la grande bourgeoisie que nos sociétés crèvent et se décomposent !

Par conséquent, pour combattre cet état des choses ou rendre justice à ceux qui en sont les victimes, il faudrait l’attaquer à la source : il faudrait combattre l’ordre social d’où il tire ses racines. Lutter contre la dictature, c’est d’abord lutter contre le capitalisme lui-même, pour en finir avec cette société basée sur la course au profit individuel, sur la loi de l’argent au détriment des besoins collectifs des populations, sur l’écrasement du plus faible par le plus fort, sur l’exploitation de la majorité des masses laborieuses qui produisent les richesses, mais vivent dans la misère, la famine et les maladies, alors qu’une minorité de bourgeois parasites se gave, s’empiffre et vautre dans le luxe.

Tant que seuls les régimes changent et que l’ordre social demeure, rien d’important ne change finalement pour les populations pauvres. Les changements de façade ou l’assouplissement de la dictature politique pour une minorité petite bourgeoise, circonscrite généralement dans nos villes, ne servent qu’à dissimuler le maintien de la dictature sociale des riches sur les masses opprimées et, qu’on le veuille ou non, entraîne, de fait, l’exclusion de l’immense majorité pauvre de la nation de toute jouissance des droits élémentaires que sont le travail, un bon salaire, l’alimentation,  l’éducation, la santé, le logement, la culture et autres loisirs, mais aussi le droit à l’organisation, à l’expression, aux manifestations, etc, comme on le voit dans nos quartiers populaires ou dans nos campagnes.

La lutte pour les libertés démocratiques, nécessaires et indispensables, dont les masses opprimées ont besoin plus que n’importe qui, n’est pas contradictoire avec la lutte contre l’exploitation et la misère. L’une ne vaut sans l’autre. Elles devraient aller de pair, car elles se tiennent l’une l’autre, elles se complètent : elles sont les deux faces d’un seul et même combat, plus grand, plus profond, plus vaste, celui de l’émancipation de la société de toutes les oppressions, à commencer par celle de la femme, pour que, demain, il y ait autant de partis, de syndicats, d’associations qu’on voudra, mais qu’en même temps le moteur de la société soit la satisfaction des besoins collectifs de tous.

Evidemment, si l’horreur et le dégoût nés des assassinats odieux commis sous Hissein Habré ou actuellement sous successeur pouvaient conduire à un large mouvement d’opinion susceptible de peser sur le cours des événements au point d’aboutir à une véritable condamnation de l’ancien dictateur et de ses complices d’hier et, par ricochet, d’ébranler aussi la dictature de N’Djaména, voire de la renverser, personne ne s’en plaindrait. Mais, aucune justice ne pourra être vraiment faite, aucun changement réel ne pourra avoir lieu non plus tant que l’ordre social actuel existe. C’est en ce sens-là que la seule façon efficace de faire payer, d’une part, les crimes de la dictature d’Hissein Habré ou ceux commis aujourd’hui par ses anciens compagnons et, d’autre part, d’en finir une fois pour toutes avec toute forme de dictature, c’est qu’un jour les travailleurs et l’ensemble des opprimés s’attaquent à l’ordre social en vigueur lui-même, à ses profiteurs, de toutes les ethnies, de toutes les régions, de toutes les religions, noirs, blancs ou jaunes, et débarrassent la société de ces bandes de sangsues et de parasites qui vivent des crimes et de l’exploitation des masses laborieuses, en vue de la mise en commun des richesses au profit de la majorité pauvre pour enfin arracher les racines de l’oppression, de la domination des uns par les autres, source de la dictature et de toutes les violences engendrées par le système actuel.

Mais, une telle perspective ne tombera pas toute seule du ciel. Il faudrait donc des femmes et des hommes pour s’y consacrer, pour la porter, la véhiculer, la défendre auprès des travailleurs et des masses opprimées, de toutes les ethnies, de toutes les régions, de toutes les religions, surtout pour les aider à s’en emparer et à s’organiser autour d’elle en se dotant d’un parti politique révolutionnaire, de façon indépendante, en vue de la défense collective de leurs intérêts essentiels, de leur droit à la vie et de la nécessaire transformation radicale de la société en fonction de leurs aspirations profondes.  L’avenir dépend de la capacité des opprimés à s’attaquer aux racines de la dictature, cependant, encore faudrait-il qu’il y ait un cadre politique qui puisse leur permettre de se donner les moyens d’atteindre cette perspective-là. Par conséquent, c’est à cette tâche-là que devraient s’atteler tous ceux qui, où qu’ils soient, aspirent à la liberté, à la fin de la misère, de l’exploitation, des inégalités, des injustices, des guerres ethniques et autres violences, résultant du fonctionnement normal du capitalisme dans les conditions historiques particulières de l’Afrique.

Ali Mohamed Abali Marangabi 
  Journaliste Tchadien

*Pour l’essentiel, ce texte a été écrit dans les années 90, juste après que la commission chargée de faire la lumière sur les crimes et les détournements de fonds commis sous le régime d’Hissein Habré avait déposé son rapport. Je l’ai alors envoyé à N’Djaména Hebdo pour qu’ils soit publié. Mais la rédaction dudit journal de l’époque n’a pas jugé utile de le faire. Des années plus tard, en 2009 précisément, profitant d’un élément de l’actualité concernant le jugement d’Hissein Habré, j’ai décidé de le rendre public et l’ai envoyé à différents sites, aussi bien tchadiens qu’africains, dont certains en on fait une large diffusion. Mais, en 2014, quelques temps avant la tenue du jugement des responsables de la DDS à N’Djaména, de façon miraculeuse, ce texte a disparu de la toile. Aussi, à l’occasion du procès d’Hissein Habré, ai-je décidé de le réactualiser et de le rendre à nouveau public en guise de contribution au débat nécessaire, mais forcément contradictoire, qui devrait s’instaurer autour de ce problème d’une importance politique capitale.

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